Quelques mois après la réédition du réjouissant Silent Spring, Nathalie Loriers publie L’arbre pleure, un album assez différent. En effet, il découle d’un projet en duo oud et piano qui a ensuite été élargi à un quintet multi-national nommé Chemins Croisés.
« Kalila et Dimna » ouvre l’album de belle manière, son arrangement kaléïdoscopique contenant en germe presque tout ce qui sera entendu par la suite. Le piano passe d’un rôle mélodique à percussif puis textural, Gianluigi Trovesi alterne cris étranglés qui épaississent le son d’ensemble et lyrisme qui l’illumine. A la fin d’un solo délicat, Loriers passe la main, avec la plus grande pudeur, à Karim Baggili.
Ce moment est un symbole des négociations constantes entre Orient et Occident : grooves saccadés contre phrasé jazz plus fluide ; une appogiature arabisante suivie immédiatement d’une inflection blues ; un déhanchement funky ici, un virevoltement de danse folklorique là ; tantôt des modulations sophistiquées, tantôt du modal méditatif au tempo élastique. L’arbre pleure est un carrefour dont chaque côté ressort enrichi.
