Citizen
Edition du 21 juillet 2014 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Moments

Nicolas Parent

Nicolas Parent (g), Tommaso Montagnani (b), Guillaume Arbonville (perc)

Un sentiment de calme et de plénitude. Voilà ce qui ressort de Moments dès la première écoute. La musique du trio de Nicolas Parent est en effet une belle pause, une respiration, dans un paysage musical où les instrumentistes ont un niveau technique de plus en plus élevé et où, souvent, complexité devient vertu. La musique est ici simple, douce, atmosphérique. L’accent a été mis sur la recherche d’ambiances, et chaque titre est une invitation au songe.

La plupart du temps Nicolas Parent superpose les parties de guitare mais, aérées, aériennes, celles-ci ne saturent jamais l’espace. L’alliance de sonorités acoustiques ou électriques (sons clairs) est très réussie et le musicien décline ces couleurs organiques en une gamme étendue de teintes boisées. Les cordes pincées sur l’introduction de « When Dreams Come True », les accents moyen-orientaux de « Zyryab » ou l’utilisation des tablas sur « « Brise légère » sont autant d’éléments montrant sa volonté (et celle de ses partenaires) de se créer un folklore propre en puisant dans différentes traditions. Telle une couleur plus sombre permettant d’élargir encore la palette, la contrebasse de Tommaso Montagnani vient mêler sa sonorité soyeuse aux guitares, suggère la mélodie ou s’en éloigne pour développer des parties d’accompagnement souples et pleines de rondeur.

Le son du trio, toujours dans cette veine coloriste, doit beaucoup aux percussions de Guillaume Arbonville, qui préfère lui aussi les sons boisés aux sons métalliques. Les cymbales servent à ponctuer, ou sont utilisées comme des gongs, mais rarement à des fins pulsatiles, ou alors de façon minimaliste, comme sur le très beau « Premier jour ». La diversité des percussions utilisées (tablas, shakers…) élargit bien évidemment le spectre d’expression, mais c’est avant tout sa fascinante approche des fûts qui renforce l’identité du trio. Il y développe une sorte d’accompagnement très narratif et naturel.

Ces éléments combinés contribuent à donner l’impression qu’on entre, avec ce recueil de ballades épurées, dans une zone de confort car la musique nous enivre et nous happe d’emblée, mais les mouvements nés du travail d’écriture abouti éloignent toute morosité, y compris sur les formes les plus simples, comme le blues « Bang In Blue », fortement imprégné de l’univers du groupe.

Ces Moments délectables referment leur lot d’instants précieux : les petits voyages mis en sons par Nicolas Parent nous font traverser de beaux paysages, évoqués sous l’éclairage bleuté de l’aube. Fragiles et éphémères, les quelques minutes magiques durant lesquelles la nuit tire sa révérence tandis que le jour approche à pas de loup semblent fixées sur cet album recommandé. Chaleureusement.

P.-S. :

Pour se procurer le disque, voir le Myspace de Nicolas Parent.

par Olivier Acosta // Publié le 6 août 2012
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