En cette année 2008, on célèbre le cinquantenaire de la bossa nova - dont la naissance remonte traditionnellement à la parution, en juillet 1958, du titre Chega de Saudade sur un album de João Gilberto.
Néanmoins, à travers une exploration rigoureuse et documentée de la décennie précédente (1948-1957) tombée dans le domaine public, Frémeaux & Associés démontrent que, contrairement à la légende, des éléments précurseurs peuvent bel et bien être identifiés au sein de la musique brésilienne des années cinquante. Grâce à un livret très pédagogique, l’auditeur s’amusera à reconnaître dans ce double CD les premiers décalages rythmiques annonciateurs d’une nouvelle forme musicale.
Le charme d’une voix fragile qui sait aussi se faire puissante et rauque, privilégiant la sincérité et la sensibilité de l’interprétation, des mélodies simples, soigneusement arrangées, une instrumentation variée et originale (savoureux son de la Gretsch, du n’goni), et la progression des climats qui s’enchaînent sans à-coups, comme une vague… le tout naître un doux envoûtement.
Rokia Traoré signe musiques et paroles (en bambara, sauf deux titres en français, dont le délicieux “Zen”) et reprend “The Man I Love” , dont on appréciera beaucoup la coda à l’africaine. Assez minimaliste, d’une légèreté qui n’exclut en rien la profondeur, il émane de cette musique à la fois énergique et douce un charme naturel et beaucoup d’élégance. Fusion nord sud réussie, et affirmation d’une personnalité hautement talentueuse. Grâce.
Plaisant d’un bout à l’autre.
Le nouvel album d’Angelo est en trio. Il n’avait pas réutilisé cette formule depuis le fameux et génial Gypsy Swing avec Serge Camps
et Fanck Anastasio... Mais entre-temps quelle production discographique !
Ici encore la guitare est à l’honneur, bien sûr. Angelo ne présente cette fois que des compositions (chapeau !) de musique manouche d’aujourd’hui, avec Tchavolo Hassan à la « pompe » - imperturbable et efficace - et Antonio Licusati à la contrebasse et au violoncelle (on découvre d’ailleurs un autre aspect de ce fidèle accompagnateur, par des interventions à l’archet d’une grande sensibilité).
Rythmique impeccable et solide soliste à l’oeuvre : le swing est bien au rendez-vous, ainsi que les belles envolées et harmonies chères à Angelo (« Swing chez Toto »), trois valses (l’excellent « Manège »), dextérité et maîtrise (« La manouche »), un clin d’oeil tendre à la musique tzigane ("Caresse de
l’Est"), et un boléro. Mais malgré les différents tempos et variations, le disque s’essoufle un peu sous le déluge de notes. Heureusement, Angelo nous va droit au coeur avec un très bel hommage à sa guitare (coeur de bois). Le lyrisme du violoncelle y est pour beaucoup, et ça fait du bien : la cascade se calme et y gagne à la fois en subtilité et en profondeur... Il fallait pour cela être patient et attendre la page 10....
Un disque où Angelo démontre encore une fois qu’il est un des meilleurs guitaristes du genre mais sort des habituels clichés et s’avère fin compositeur.
Premier enregistrement live d’Omar Sosa en mai 2005 avec ce quintet qu’allait disloquer, l’année suivante, le décès prématuré de l’excellent percussionniste Miguel Anga Diaz. Une prise de son de luxe pour un show très professionnel qui souffre de quelques effets mode déjà démodés : nappes d’électronique et son de basse ultra-compressé.
Les compositions d’Omar Sosa n’ont plus l’originalité des débuts mais ça assure. Quand la tension se relâche, un petit coup de montuno et hop, ça repart. La tonalité d’ensemble est assez relax ; « Paralelo » fait remonter la sauce. Le final avec l’éternel « Muévete en D » en duo piano - cajon est un peu décevant : on a entendu plus virtuose sur le même morceau.
L’album ne marquera pas l’histoire du jazz mais, même très commercial, c’est agréable à écouter. On le fera en mémoire d’Anga.
Par les temps qui courent, le jazz manouche a le vent en poupe ; mais
David Reinhardt, sous son (nouveau) chapeau, y a pensé et repensé pour finalement suivre sa direction à lui : le jazz.
Ce disque a fière allure. Sans être tape-à-l’oeil, sans copier le maître (Django, son grand-père), la musique est bien au rendez-vous avec de belles et originales compositions (« Brass Groove »), de bonnes idées de reprises (« Thème for Emmanuel de René Thomas », « Moon Blue » de Stevie Wonder avec la chanteuse Cyrille Aimee ou encore « Lyresto » de Kenny Burell). On est dans l’écoute de l’autre, le dialogue, bref, dans le jazz, à la recherche du sens. Reinhardt cherche et trouve. L’ombre de Babik (son père) est présente de par le son ainsi que la nostalgie qui se dégage parfois de ce disque résolument sensible.
Le jazz, lui, s’organise avec Florent Gac à l’orgue Hammond (tiens tiens...) et Yoann Serra à la batterie. À noter la participation de Sébastien Giniaux, ici au violoncelle, et du hard boppeur Olivier Témine au saxophone.
La production récente du guitariste irlandais Mark O’Leary est abondante. Le label Leo Records édite la plupart de ses disques, tel ce Zemlya, mais c’est pourtant l’onirique et aquatique On The Shore, chez Clean Feed, qu’on avait récemment apprécié. Son travail peut se décrire comme un jazz de chambre - petites formations, instrumentations originales - fortement mâtiné d’électronique et faisant appel à des talents confirmés de l’improvisation libre.
Dans le meilleur des cas ce cocktail produit des textures inouïes où l’artiste taille une musique riche en pouvoir évocateur. Zemlya ne déroge pas à la règle, qui offre quelques combinaisons sonores complexes et captivantes. Il contient aussi, malheureusement, de trop nombreux passages de musique brouillonne et gratuite, d’autant plus surchargée qu’elle est nimbée d’une réverbération qui ferait pâlir de jalousie les ingénieurs d’ECM...