Chronique

Over The Hills

Over The Hills

Jean Aussanaire (ts, ss), Alain Blesing (g), Rémi Gaudillat (tp, bugle), Antoine Läng (voc, electronics), Perrine Mansuy (p), Fred Roudet (tp, bugle), Bernard Santacruz (b, el-b), Olivier Thémines (cl, b-cl), Bruno Tocanne (dm)

Label / Distribution : Instant Music Records

Ce projet à grands risques (s’affronter à ce qui fut, et reste, une oeuvre majeure du XX° siècle, toutes musiques confondues) aura été une superbe aventure musicale et humaine, et un modèle de pénétration publique réussie. Les concerts se sont succédé - et ce n’est pas fini - le disque est arrivé à point nommé pour parachever tout ça. Bruce Milpied (photographe inspiré et chanceux) a immortalisé le passage de Carla Bley à Nevers (l’orchestre entier applaudissant la dame qui ne fait que passer, ça reste impayable !), et pour finir, la grande Carla vient d’adresser un message à l’orchestre qui risquerait de les faire rougir s’ils n’étaient tous déjà diversement colorés par la rage de jouer.

Elle déclare ceci : « Cher Bruno. Nous avons écouté [1] votre merveilleuse version de EOTH la nuit dernière et nous étions tout aussi agréablement surpris que lorsque nous avons assisté à votre concert à Nevers. C’est une combinaison parfaite entre l’ancien et le nouveau, le contrôle et l’abandon, le réalisme et l’abstraction (Je pourrais continuer toute la journée…) Paul Haines aurait aimé… Le jeu et le chant, ainsi que les arrangements, sont excellent. Ce collectif est un grand orchestre. J’espère que vous allez continuer ensemble et faire encore de la belle musique. J’aimerais avoir un carton de disques pour en donner quelques uns…. Bien à vous… » Carla Bley.

Elle a tout dit. En tous cas, qu’elle veuille donner ce disque à des amis est un signe que le cadeau que les musiciens du collectif ont voulu lui faire est parvenu à son destinataire. J’ajouterai donc, dans le droit fil de ce qui m’était apparu à Nevers - une ville où il se passe des choses depuis Marguerite Duras - que cette reprise, relecture, comme on voudra, que cette belle musique en tous cas, jouée superbement et avec quel cœur, doit une grande part de sa splendeur à ce chanteur inconnu au bataillon [2], qui se nomme Antoine Läng. Car EOTH est une oeuvre profondément vocale (voir l’amour que lui porte également Susanne Abbuehl), et il fallait sacrément quelqu’un pour succéder à tous ceux qui se sont présentés devant les micros dans la version originale. Écoutez comme il dramatise « Small Town Agonist », jusqu’au point de rupture ! Et puis les autres, on les connaît, d’Aussanaire de Belle-Île à Perrine la méridionale en passant par Santacruz, berger bienfaisant des plus grands souffleurs ! Et que dire de Blesing et de Tocanne, qui ont porté ça de toutes leurs forces réunies, des trompettes en furie (Roudet, Gaudillat) et du clarinettiste Thémines qui aurait découvert le jazz à Tours avec Vincent Cotro ! On écoute ça tout de suite, les amis.

par Philippe Méziat // Publié le 29 novembre 2015

[1avec Steve Swallow

[2Un bataillon composé uniquement de moi-même, certes…