Patrick Avigdor : Il y a deux ans, l’orchestre New Orleans dans lequel je joue, le Sequana Swing, devait se rendre au festival de jazz de Tanger. Nous avons constaté que le coût de transport aérien d’une contrebasse était plus élevé que celui d’un passager ! J’ai donc eu l’idée de construire une contrebasse démontable, à partir d’un instrument d’étude que mon ami Yves Piriou, contrebassiste de l’orchestre, a eu la gentillesse de me donner. Après deux mois de travail, nous sommes partis avec un prototype. Quand j’ai vu l’intérêt que suscitait celui-ci pendant le festival, ainsi que dans d’autres manifestations, j’ai amélioré le système et déposé un brevet, en décembre 2003.
PA : Le brevet n’est pas encore publié... Je ne peux pas vous donner de détails - seulement vous dire que je suis parti de l’idée que plus je conserverais d’éléments d’une vraie contrebasse, plus j’aurais de chances d’obtenir un résultat préservant les propriétés de l’instrument traditionnel.
J’ai donc utilisé une table d’harmonie suspendue sur des raidisseurs. Ce principe permet de transmettre les vibrations naturelles du bois. Le pliage de la table, très simple, aboutit à un volume restreint. Le manche est, lui aussi, démontable. A l’origine, le système était un peu compliqué, mais j’ai retravaillé la forme du talon du manche de façon à simplifier les opérations. D’autre part, un système très simple permet de régler la hauteur des cordes pour s’adapter au jeu de chacun. Aujourd’hui, il faut à peine trois minutes pour assembler et accorder l’instrument.
PA : Je voulais que l’esthétique et l’acoustique restent très proche de l’instrument traditionnel. On retrouve donc les composants traditionnels servant à la construction d’une contrebasse : table d’harmonie, éclisse, manche, touche, chevalet, cordier, etc. Et je n’ai eu que de bonnes réactions sur ce plan.

- la Volante Basse à la campagne ©. P. Avigdor
PA : Essentiellement du bois ! Table et barre d’harmonie, manche, et pour le reste, les éléments traditionnels indiqués plus haut. Nous n’avons pas constaté de différence notable dans la restitution du son entre une table d’harmonie en massif ou en contreplaqué. Nous avons donc choisi ce dernier pour des raisons de solidité et de résistance climatique.
PA : Son poids est de 9 kilos. Démontée et pliée, son encombrement est de 115 x 25 x 25 cm. Dans sa housse, elle pèse 11 kilos, et 21 kilos dans le « flightcase ». On peut donc la transporter très aisément en avion, en train, en voiture et même à pied !
PA : Il faut prendre quelques précautions élémentaires lors du montage/démontage mais les contrebassistes ont l’habitude de manipuler leur instrument... Une fois qu’elle est rangée dans sa housse ou son étui, le transport est plus sûr du fait de son encombrement très réduit.
PA : Sans amplification, le son est faible mais suffisant pour travailler chez soi sans déranger le voisinage. L’amplification des vibrations est réalisée via un capteur livré d’origine, que nous avons choisi pour ses qualités de restitution naturelle du son. L’instrumentiste pourra, par la suite, adapter un autre modèle en fonction de son goût et/ou du style de musique qu’il joue.
PA : Une vingtaine de contrebassistes est venue l’essayer, dont des professionnels très connus. Et je suis très heureux de dire que tous ont trouvé que c’était le meilleur instrument de ce type qu’ils aient essayé, tant du point de vue ergonomique, que de la restitution du son d’une contrebasse. D’ailleurs, Michel Benita l’a immédiatement appréciée et l’utilise début avril pour une série de concerts en Europe et au Moyen-Orient. J’attends avec impatience ses commentaires !
PA : Dans mon magasin et chez un revendeur spécialisé, à Paris, sur plusieurs amplificateurs de milieu et haut de gamme. Lors d’une série de concerts à l’étranger, un groupe français l’a utilisée avec une sono de scène. Enfin, notre contrebassiste l’utilise régulièrement lors de nos concerts.
PA : Le principe de sa construction permet d’obtenir un son traditionnel qui n’a rien à voir avec celui que l’on entend, généralement, avec les autres modèles commercialisés. Selon les contrebassistes qui l’ont essayée, il n’y a pas de différence notable comparée à un bon instrument traditionnel. Eric Vincenot, qui a été un des premiers contrebassistes à l’essayer, a, je pense, trouvé l’expression qui la définit bien : « Elle a le son du bois ».
PA : Le jeu est très proche et tous les instrumentistes qui l’ont essayée m’ont indiqué qu’ils étaient satisfaits de retrouver d’emblée leurs appuis et qu’ils n’étaient, en aucune façon, obligés d’adapter leur jeu à l’instrument.
PA : Il faut savoir que le son est aussi bon en pizzicati qu’avec un archet. Donc, elle peut être utilisée par tous les contrebassistes. Cependant, les « classiques » seront peut-être mal vus par leur chef d’orchestre (rire).

- La Volante Bass au dodo... © Patrick Avigdor
PA : A ma connaissance, parmi celles que j’ai eu l’occasion de voir et d’entendre, aucune n’utilise une table d’harmonie traditionnelle, donc leur son n’est pas transmis de la même manière que sur une contrebasse classique ou sur la Volante Bass. Cela reviendrait à comparer le son d’une guitare électrique à celui d’une guitare électroacoustique qui utilise les vibrations transmises par la table d’harmonie. D’autre part, le manche démontable est une caractéristique rarissime.
PA : Pour trois raisons :
PA : Avec Maurice Dupont, nous avons prévu de construire des petites séries permettant de répondre rapidement à la demande. Si, comme nous l’espérons, la Volante Bass rencontre un bon succès, ses ateliers et moyens de production sont suffisamment réactifs pour augmenter leur capacité.
PA : S’il n’y a pas d’instrument en stock, il faut compter un mois de délai pour une petite série. Nous avons lancé une première série qui sera prête fin avril et servira principalement à honorer les premières commandes et la mise en place de quelques exemplaires chez les revendeurs spécialisés.
PA : Elle sera vendue environ 2 600 € avec housse et support. Le « flight-case » sera disponible à la vente ou à la location dans mon magasin.
PA : Dans un premier temps, nous la présentons aux magasins spécialisés pour constituer un réseau de vente. D’ores et déjà, on peut l’essayer et la commander dans mon magasin à Paris. Nous avons déjà enregistré quelques commandes.
PA : En tant que musicien, je suis heureux d’avoir donné naissance à la Volante Bass qui résout les problèmes liés à l’encombrement, tout en conservant le son de la contrebasse traditionnelle, et de constater que les a priori disparaissent dès qu’on l’a essayée...
Après le concepteur, nous avons demandé au musicien de nous donner son avis sur la Volante Bass. Michel Benita s’est prêté au jeu, évidemment sans avoir lu l’entretien avec Patrick Avigdor... Voici son récit.
Née pour le voyage... et les oreilles
Il se trouve que Patrick Avigdor, le créateur de la Volante Bass, m’a contacté pour que je vienne l’essayer et que je lui fasse part de mes remarques. Depuis quelques mois, elle a surtout pris l’avion : Israël, Istanbul, Dubaï, Prague, Budapest, l’Allemagne etc. principalement avec le Ladyland Quartet d’Erik Truffaz.
On voyage énormément, et je souffle enfin un peu de ne plus avoir à me trimballer le flight-case et à m’angoisser pour l’éventuelle casse... Enfin, même si rien n’est jamais assez léger quand on voyage, avec ses 20 kg flight-case compris, et son faible encombrement, c’est un changement « drastique ». Finis les gros yeux de l’hôtesse dès qu’on s’approche du guichet au check-in !
J’ai joué de la Volante Bass dans des salles de concert, en club, en plein air... Elle se comporte très bien à chaque fois. Elle est montée en cinq minutes montre en main et Patrick a même compté le nombre de tours à donner aux mécaniques pour tendre et détendre les cordes et se retrouver pratiquement à chaque fois à 440 ! Ce n’est pas une blague : je n’ai que des ajustements infimes à faire une fois les quinze tours accomplis ! Point de vue solidité, les quelques petits problèmes de jeunesse (décollements) sont déjà résolus dans la version définitive. Le prototype que j’utilise est pratiquement parfait.
Ce qui est intéressant, c’est la forme de l’instrument qui, avec sa table dépliable, reprend la forme traditionnelle.

- Michel Benita - Les Mureaux - Février 2005 © Patrick Audoux
On aurait pu craindre le côté « creux » et l’absence d’appuis, mais Patrick y a pensé en incluant un bout d’éclisse contre le ventre, qui permet de ne pas perdre la sensation de l’instrument et de se retrouver exactement dans les mêmes appuis qu’avec une contrebasse « normale ». C’est important parce que c’est la première fois que je peux m’exprimer sans avoir l’impression d’utiliser une prothèse, avec un instrument de ce type. En pizzicato, il y a très peu de différence entre la sonorité de la Volante Bass et une celle d’une contrebassse « normale ». La Volante Bass sonne déjà, même sans amplification grâce à sa table, faiblement au niveau puissance, bien sûr, mais elle a déjà une qualité de son qui se retrouve logiquement une fois amplifiée. Avec le pickup « The Realist » et un réglage d’ampli qui creuse les médiums, on obtient un son très proche de l’acoustique. C’est plus difficile à l’archet, je dois l’avouer, où on perd de la puissance et du grain. Mais j’attends avec impatience l’instrument définitif qui abandonne l’aluminium pour le bois, pour le corps central de l’instrument. Ceci devrait grandement améliorer les choses.
Je préfère ne pas parler des autres types de contrebasses légères du style upright... j’ai déjà utilisé le mot de « prothèse »... Je joue également de la basse, mais la Volante Bass est une contrebasse, pleinement une contrebasse et rien d’autre. Cependant on peut jouer beaucoup plus fort et donc se rapprocher d’une « fonction » de basse électrique. Comme je le disais plus haut, le choix du Realist de David Gage me satisfait pleinement et je demande toujours un ampli Gallien Krueger. C’est ma combinaison gagnante. J’en profite aussi pour souligner que je gagne beaucoup en clarté (et sans feedback !) dès que je dois jouer plus fort, ce qui m’arrive souvent avec le Ladyland où la musique l’exige.
A part mes réserves concernant l’archet, il n’y a pas grand-chose à améliorer. Un flight-case mieux conçu peut-être, avec des roulettes... mais Patrick me dit que c’est déjà fait, alors... Je l’emporte du 1er au 15 juillet, elle va découvrir entre autres Montréal ou la Slovénie en passant par Naples...

