Chronique

Péter Rozsnyói Trio

Pain of an Angel

Péter Rozsnyói (p), György Orbán (b), Zoltán Csörsz (dms)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Non loin du Lac Balaton, Veszprém est connue pour son château qui surplombe la ville, balcon idéal pour se laisser aller à la rêverie. C’est sans doute ce qui a conduit le pianiste Péter Rozsnyói, originaire de la région, à développer un jeu aussi contemplatif et naturaliste. On l’avait découvert dans le quartet de Gabór Winand ; on retrouve ce compagnon de Mátyás Szandai au conservatoire Liszt de Budapest dans Pain Of An Angel, son premier album. Une formule en trio où le contrebassiste György Orbán, habitué des orchestres du vétéran Béla Szakcsi Lakatos ou de Viktor Tóth, lui apporte à la fois vigueur et grande liberté mélodique.

Cette dernière est l’affaire de Rozsnyói, qui signe toutes les compositions de cet album. Même s’il concède un tribut à « Monk », le pianiste sait faire prendre à sa musique des atours de « Pop Song » sans sombrer dans l’overdose de sucre. Son jeu direct, éloigné des cascades harmoniques à la mode, n’étouffe en rien ses partenaires qui le suivent dans cette direction. Orbán a un jeu clair, très fluide. Quand au batteur Zoltán Csörsz, qui évolue dans de nombreux groupes de rock magyars, il reste très concentré sur les tâches rythmiques que le pianiste délaisse souvent volontairement. Ainsi, « Song For My Grandpa », teinté de spleen, est l’occasion de rappeler que ce représentant de la Hongrie à moult concours internationaux a un solide bagage classique.

L’impression de nostalgie qui irise ce disque a une histoire : le décès d’András Mohay, premier batteur du trio, qui habite chacun des morceaux. C’est bien évidemment ce dont il est question dans « Heartbeat Of A Friend Who Is No More », au centre de l’album. Les balais de Csörsz s’effacent peu à peu pour laisser place à des chorus de contrebasse et de piano comme des oraisons truffées de citations qui sont autant de souvenirs. Le disque doux et intime d’un trio en construction qui ne prétend pas révolutionner le genre mais aime les choses bien faites.