Randy Weston, l’Anvers du décor

En général, les pianos sont durs à dessiner : tellement grands qu’ils semblent pousser le pianiste dans la marge. Pas avec Randy Weston. Avec sa grande taille, il dominait le piano comme un dompteur de lions.
Presque sans bouger, tout droit derrière le clavier, il faisait sauter les notes à sa guise. Ses vêtement étaient superbes et ses concerts débordaient d’énergie. En fait, sa musique restait toujours très jeune, même lors du dernier concert que j’ai vu de lui, âgé de 91 ans.
J’ai dessiné Randy plusieurs fois ces dix dernières années, surtout au festival Jazz Middelheim d’Anvers. En revoyant ces dessins, il est clair que j’avais des points de vue préférés :
de profil, sous un aspect presque royal, telle une statue égyptienne...
ou de dos, ce qui mettait en valeur son énorme dos, impassible, en relation avec ses longues jambes qui, elles, n’arrêtaient pas de danser avec le rythme.
Finalement, ce qui me frappe le plus c’est cette incroyable joie de vivre qui était au cœur de chaque concert de Randy Weston et ses African Rhythms, et qui me donnait toujours une envie folle de laisser divaguer le pinceau le plus librement possible sur mon papier.
Lors de son dernier concert à Jazz Middelheim en 2017, j’ai essayé d’attraper deux moments mémorables. Dans le premier dessin, Weston, en annonçant le prochain morceau, se lance dans un récit magique qui mélange des souvenirs des années 50, des événements d’hier, de l’histoire ancienne de l’Afrique, le tout dans un mix qui faisait disparaître les limites du temps (et, avouons-le, de la cohérence aussi).
Dans le deuxième dessin, Weston se repose, momentanément, en écoutant une des strum solos de son bassiste préféré Alex Blake. Pour un moment seulement, on sentait le poids des années - dès qu’il se remettait à jouer, il redevenait à nouveau enfant.







