Citizen
Édition du 30 juillet 2010 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
Reproduction interdite de tout ou partie d'un texte ou d'une photo sans autorisation de son auteur.

Onirica

René Urtreger

René Urtreger (p)

A l’écoute de ce nouvel album de piano solo pour le label Sketch, on ne saurait assez louer le bon goût du producteur Philippe Ghielmetti, à l’origine de cette initiative. On finirait même par ne plus trouver aussi indispensable la triangulaire classique autour du piano-batterie-basse.
Pourtant René Urtreger , découvert tout jeune, avec l’immortelle B.O du film de Louis Malle Ascenseur pour l’échaffaud , rejoue tous les vingt ans à HUM, avec ses fidèles compères, Daniel Humair et Pierre Michelot .

Dans Onirica, il nous présente un rêve éveillé, recueil de petites pièces, purs joyaux d’émotion, de légèreté, de swing (osons le mot). Suivant le fil de ses pensées, mélodiques et alertes, il sait aussi nous entraîner vers ses « chimeric » qui reviennent cinq fois sous la forme de variations presqu’immatérielles, perceptions mélancoliques d’une musique de l’imaginaire.
Musicien au phrasé délicat, il s’inscrit dans une certaine lignée, la tradition des pianistes bop, et exprime avec tendresse son goût pour cette musique, qu’il appelle jazz . A une époque où l’on ne sait plus trop justement définir ce qu’est le jazz, écouter René Urtreger est une des meilleures résolutions.
En solo il dévoile le thème avec finesse et invention, se laissant aller parfois au jeu des citations, des associations libres qui lui permettent d’ouvrir une piste : Bud Powell, John Lewis revivent ainsi sous ses doigts, fugitivement . D’où une étrange familiarité que l’on ressent à la première écoute de cet album. Certains titres s’impriment instantanément, comme La Fornarina, qui pourrait bien devenir un « tube », Valsajane ou Gracias Paloma. Comme des rappels d’un autre temps, réminiscences d’une histoire aimée, celle du jazz.
Avec cet album on se plaît soudain à s’installer de façon durable dans un rêve de vie. Et c’est très bien ainsi.

par Sophie Chambon // Publié le 28 décembre 2001