Scènes

Roy, Poulsen, Chevillon au Triton


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Bruno Chevillon © Olivier Acosta

Pour la première des six dates de sa résidence 2011 au Triton, Guillaume Roy a convié Hasse Poulsen et Bruno Chevillon à une heure trente de conversation libre. On sait ces trois-là fins improvisateurs, mais les voir investir l’espace et suspendre le temps reste une expérience fascinante, car ici, l’abstraction ne fait jamais office de cache-misère.

Guillaume Roy tire de son violon alto des sonorités tour à tour douces ou écorchées, élargissant le spectre des émotions véhiculées. Son phrasé limpide est à l’origine de jolies envolées mélodiques, sans pour autant qu’il se positionne en soliste. C’est de l’échange qu’il tire la substance de sa musique, sans cesse renouvelée, toujours offerte aux spectateurs sans souci de démonstration. C’est aussi d’échanges, mais cette fois avec des collégiens de La Courneuve (priés de lui suggérer des thèmes d’improvisation), qu’il a tiré le sujet de la première pièce : « De l’inquiétude à l’étonnement ».

Hasse Poulsen navigue avec ingéniosité entre formes simples (accompagnements en accords consonants, solos cristallins, contributions harmoniques lors des parties jouée à l’archet) et parties déstructurantes (éclairs percussifs, utilisation d’objets hétéroclites allant des cymbales aux gobelets en plastique en passant par des peignes et autres morceaux de polystyrène…). Dans sa recherche d’énergie originale il va jusqu’à frotter ses deux guitares l’une contre l’autre, imposant à ses partenaires la présence de résonances aléatoires guidées par ses seuls gestes.


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Guillaume Roy © Olivier Acosta

Cette musique, lisse ou rugueuse, flirtant souvent avec le silence, est un terrain de jeu idéal pour un aventurier de la trempe de Bruno Chevillon. Celui-ci tire de sa contrebasse les sons les plus inattendues, en jouant notamment avec des pinces à linge qu’il pose sur ses cordes pour jouer sur le rendu de son jeu à l’archet. Son travail harmonique, mêlé à celui des deux autres musiciens, est époustouflant, et de belles sonorités graves et pleines de grain apportent chaleur et matière lorsqu’il soutient ses partenaires. Ses interventions en soliste marient avec élégance une grande technicité et une profonde musicalité.

Mais au-delà du niveau de jeu et des débordements fantaisistes de chacun, on retiendra surtout de ce concert la facilité avec laquelle les trois artistes font circuler la musique ainsi que les incessantes prises de risque débouchant tantôt sur des tableaux aux lignes anguleuses, tantôt sur des à-plats sublimes, notamment quand le trio se mue en quartet via un Ebow sur la seconde guitare de Poulsen. Foisonnante ou dépouillée, limpide ou opaque, cette musique n’a pas laissé indifférent le public du Triton, plutôt clairsemé, malheureusement.

Toujours dans le cadre de cette résidence, Guillaume Roy jouera le 19 mai avec le Quatuor IXI. L’occasion de retrouver le violoniste dans un contexte qui s’annonce tout aussi réjouissant.


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Hasse Poulsen © Olivier Acosta