Chronique

Santos Silva, Anker, Sandell, Zetterberg, Fält

Life and Other Transient Storms

Susana Santos Silva, (tr) Lotte Anker (as), Sten Sandell (p), Torbjörn Zetterberg (b), Jon Fält (d)

Label / Distribution : Clean Feed

Lorsqu’on lui propose de former un groupe pour un projet scénique au festival Tampere Jazz en Finlande, Susana Santos Silva, la trompettiste portugaise se présente accompagnée d’une saxophoniste débridée, la Danoise Lotte Anker, et d’une rythmique suédoise composée de son compagnon de route Torbjörn Zetterberg à la contrebasse, de Sten Sandell au piano et Jon Fält à la batterie. Ce concert est donc enregistré et devient, par sa qualité, l’assurance d’une continuité pour la formation qui semble avoir trouvé là un équilibre satisfaisant. Entièrement acoustique, avec un traitement sonore simple, on est presque au concert.

Life and Other Transient Storms est composé de deux suites totalement improvisées. Ces musiciens phares de la scène improvisée européenne pensent vite, agissent rapidement et s’écoutent mutuellement avec une attention espiègle. La trompettiste et la saxophoniste entament une longue conversation qui dure tout le long du disque. Mais il ne s’agit pas d’un aparté, car les collègues suédois ont aussi leur mot à dire. On assiste alors à de beaux échanges entre les pupitres, entre les tessitures. Le mode de pensée est très pictural, avec des instants plutôt rectilignes, comme des traits de peinture - des traînées plutôt, réalisées sous forme de fresque par l’ensemble du groupe (archet, balais, souffle, trilles) et d’autres passages pointillistes, où les notes et les sons semblent tomber comme des grêlons sur un toit de tôle.

L’espace du silence est très dilaté, semblant repousser au loin les sonorités comme un aimant repousserait la limaille de fer. Life, c’est la vie. C’est le souffle. Le vent et parfois la tempête. Même si celle-ci est transitoire, impermanente, il y a, comme toujours, un avant et un après. Bien entendu, on se gardera de délimiter cette musique à la lisière de plusieurs univers, mais l’importance de l’écoute interactive qui produit cette improvisation a un effet de synesthésie indéniable. Et l’on passe ainsi du magma visqueux à la clairière mousseuse, d’une mer déchaînée à la caresse d’une brise.

Ce disque, produit par Clean Feed (comme plusieurs des disques des musiciens de ce groupe), prouve à quel point les musicien.nes de la scène européenne se connaissent, se fréquentent et échangent beaucoup plus qu’on pourrait le croire. Le regard nationaliste (au sens technique) de la presse spécialisée donne souvent à penser qu’en-dehors de nos frontières c’est le désert. Il n’en est rien et c’est même l’inverse.
Les frontières n’existent pas dans la tête des musicien.nes, il semblerait.