Entretien

Thomas Coquelet

Comment deux frangins se transforment en label indépendant la nuit tombée

Il aura fallu peu de temps pour que BeCoq s’impose parmi les labels qui agissent parmi les musiques de marge. De MILESDAVISQUINTET ! à Hippie Diktat, les deux frères Coquelet, l’un à Lille et l’autre à Reims, sondent en profondeur la scène hexagonale à la recherche des pépites les plus étranges. On pourrait penser que les sorties se font tout azimut ; elles ont au contraire une grande cohérence. En complément de notre portrait du label, cette rencontre avec Thomas Coquelet, par ailleurs bassiste de Chaman Chômeur, est l’occasion de comprendre comment deux frangins, Thomas et Simon, se transforment en label indépendant la nuit tombée…

- Pouvez vous nous expliquer la genèse de BeCoq ?

On était avec mon frère dans le tram pour aller voir le groupe God speed you black emperor en concert à la Condition Publique à Roubaix. Je lui ai dit « on monte un label », il m’a dit « ok », le concert n’était pas terrible mais on était bien content quand même.


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- Le fait d’être musicien, et présent sur plusieurs albums du label était il une motivation ?

Non, rien n’a vraiment été calculé. On voulait surtout avoir un truc entre frangins sur lequel parler parce que les soirées à la maison commençaient à être longues sans conversation (rires).

- Est-ce qu’on peut dire que le label est à la synthèse des marges ?

Je ne sais vraiment pas, il reste de la marge dans le marginal, on est plutôt classique au regard de certaines autres initiatives.

- Quels sont vos modèles, en tant que label ?

Il y plein de super labels qu’on adore : je pense à Gaffer Records avec qui on a collaboré à deux reprises, le label « les Potagers Natures » de Bordeaux, mais aussi nos copains de Reims et Lille : Tandoori, Poutrage, Circum Disc, Do it Youssef. Simon est un inconditionnel du label « Constellation ». Pour ma part, j’aime beaucoup le label de musiques électroniques « Opal Tapes » comme aussi Idiosyncratics, Insula, Creative Sources, Sub Rosa, Bocian, Decimation Sociale, Norwegianism, Ocora, Another Timbre, Hat Hut, Clean Feld, Alpha, Eh ? Public Eyesore, et tant d’autres…

- Comment se passe la sélection des disques publiés ? Vous attendez qu’on vienne vous voir avec un projet sous le bras, ou vous êtes aux aguets de ce qui se passe un peu partout ?

Un peu des deux, mais on est quand même a l’affût des concerts. On est assez gâtés à Lille entre la malterie et le Centre Culturel Libertaire, à Reims une bande de joyeux drilles met également beaucoup d’énergie pour en organiser.


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- Quelle importance a « L’objet-disque » pour vous ?

C’est très important pour nous. Par exemple on a sorti cette semaine un fanzine audio intitulé Soli [1] qui est un véritable objet d’art, entièrement conçu et sérigraphié par l’atelier Cagibi à Lille. Les CD’s sortent d’inserts glissés dans les entre pages du livre, le concept est vraiment ingénieux. Et plusieurs CD’s avaient déjà été sérigraphiés à l’atelier Sabordage, également à Lille. C’est très important pour nous de présenter des musiciens et des plasticiens sur un même support, on soigne beaucoup l’aspect visuel.

- Vous boycottez les plates-formes de streaming. Pourquoi ?

Pas vraiment, en fait on travaille en partenariat avec le label Atypeek Music qui s’occupe très bien de cette partie de la diffusion, et avec qui par chance nous partageons beaucoup d’affinités musicales.

- Quand intervenez vous dans le processus artistique ?

Parfois on donne quelques avis sur les masters ou l’ordre des morceaux mais on ne nous écoute jamais (rires), par contre on peut être assez pénibles sur l’aspect visuel.


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Walabix © Christian Taillemite

- On remarque beaucoup de disques de musiciens du Tricollectif dans votre collection. Comment s’est passé la rencontre avec le collectif d’Orléans ?

Dans un bar à Lille, complètement par hasard. Il y avait un concert de Walabix et Bart Maris qui jouait en se déplaçant pour laisser les gens aller aux toilettes. Parfois il fermait les yeux et les sentait quand même arriver alors il se mettait sur le côté très naturellement en continuant à jouer. C’était généreux et sans manières, je crois que c’est pour ça qu’on a travaillé ensemble. Après on a discuté avec Quentin Biardeau de Durio Zibethinus qui cherchait un label à ce moment-là et voilà, la rencontre était initiée, j’ai trouvé bizarre que Quentin me caresse les cheveux alors qu’on parlait pour la première fois quand même… (rires)

- Comment s’est passé la rencontre avec Sylvain Darrifourcq, qui est présent sur deux albums marquants du label ? Quel est votre regard quant à son parcours ?

C’est Valentin Ceccaldi qui m’a fait écouter MILESDAVISQUINTET ! ; je ne connaissais pas Sylvain personnellement. On s’est rencontrés plus tard lors de la soirée de sortie du disque à la Malterie où on avait réussi à les programmer avec l’aide de Muzzix. Ils sont arrivés à midi, on a bu quelques verres de vin blanc grâce à quoi ils ont fait un très bon concert. Quelques mois plus tard Sylvain nous proposait de travailler avec lui à la sortie d’In Love With, ça s’est fait très simplement. C’est un musicien qu’on aime beaucoup, autant humainement que musicalement, et malgré son style vestimentaire.


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- Quelles sont les sorties à venir de BeCoq ?

La prochaine sortie est le projet La Baracande du collectif La Novia, qui mélange une forme traditionnelle de musique auvergnate à des esthétiques plus expérimentales basées sur des bourdons et des drones. Un vinyle du trio Will Guthrie/ Ava Mendoza/ Maxime Petit sortira courant 2016, ainsi que le groupe In Bed With, l’écho électrique d’In Love With, prévu pour la fin de l’année. Aussi, nous allons sûrement travailler avec Jealousy Mountain duo, mais rien n’est encore fait… On va quand même se calmer un peu cet été, mine de rien on a sorti 8 CD en mars [2]. et on aimerait bien profiter de cet été sans ulcère.

- Comment voyez vous le coq dans dix ans ?

Ça vit 10 ans un coq ?

par Franpi Barriaux // Publié le 1er mai 2016

[1Nous l’évoquons dans le portrait consacré au label.

[2Ces huit disques sont : Chaman-Chômeur, Helved Rum, trois solos : Maxime Petit, Yann Gourdon, Jean-Luc Guionnet, puis Bi-Ki ?, Yes Deer et F.A.T… voir sur le site de BeCoq.