Alain Buet, Paul Willenbrock, Philippe Roche (voc), Michel Godard (serpent), Hille Peri (viola), Lee Santana (luth, g)
La présence du serpentin et néanmoins solide Michel Godard justifie en partie (mais en partie seulement) que chronique soit faite, même brève, de ce disque consacré à des chants religieux pour trois voix de basse.
Recueillis et arrangés, augmentés de moments d’improvisation, ces chants qu’on pourrait croire uniment sombres apparaissent ici dans une paradoxale lumière. A conseiller à tous ceux qui se préoccupent de croisements entre les styles (on pense au festival « A Voix Haute » de Bagnères-de-Bigorre).
Ils ont un peu plus de trente printemps d’écart, mais à l’écoute de la musique née de leur rencontre, tout se passe comme si, on ne sait trop comment, une force irrépressible les avait réunis. Chick Corea (un habitué des duos, avec Herbie Hancock, Friedrich Gulda ou Gary Burton), soixante-dix ans à lui tout seul, et Stefano Bollani, trente-huit à ce moment-là (lui a joué en « face à face » avec Martial Solal) ont été enregistrés dans le cadre de l’Umbria Jazz Festival fin 2010. Et il y a une sorte d’évidence dans les entrelacs de leurs rythmes et mélodies, leur gaieté, leurs couleurs chatoyantes, leur plaisir et leur désir de vivre.
On trouve sur Orvieto aussi bien une « Jitterbug Waltz » fort revisitée depuis Fats Waller que la fameuse « Armando’s Rhumba » de Corea, une « Valsa da Paula » signée Bollani, des reprises d’Antonio Carlos Jobim, « Nardis » de Miles Davis et quelques standards.
Hors deux « Improvisations », l’une qui ouvre cet enregistrement et l’autre qui y crée comme une césure centrale –, pièces plutôt abstraites et comme pensées, par trop réfléchies, peut-être, pour être improvisées –, tout ici respire le bonheur propre à la musique. Avec un enthousiasme qui brille dans chacune de ces plages aux reflets multicolores.
Thierry Maillard est un des pianistes français les plus talentueux. Il n’est pas certain, pourtant, que cela se sache. Il faut souhaiter que Behind The Mirror contribuera à sa notoriété car ce double disque - le premier en trio exclusivement sur des compositions personnelles et le second en solo sur des thèmes empruntés à Miles Davis ou Wayne Shorter (« Nefertiti ») ainsi que sur des compositions de Maillard – est, dans ses deux faces, une grande réussite.
Le trio est enthousiasmant dès les premières mesures de la très belle « Lotus’ Ballad » à la fois par ses couleurs et ses rythmes, ses inventions mélodiques et ses paysages fascinants. L’entente entre les protagonistes est spontanée et on ne se lasse pas du clavier : les deux mains fabriquent un équilibre à la fois assuré et fragile, précaire, donnant parfois le frisson du vertige, suscitant le rêve éveillé qui est au cœur de toute écoute. Lorsqu’elle est enjouée.
En solo, Maillard ouvre de nouveaux horizons aux thèmes de Miles, dont la richesse est perpétuellement à redécouvrir. Il n’est pas si facile d’être à la fois original et fidèle, et il nous offre une nouvelle preuve de son intelligence avec ces « Seven Steps To Heaven », « Blue In Green » ou « Freddie The Freeloader ». Entre autres…
Ex-Wildmimi Antigroove Syndicate, Wildmimi — ou Rémi à l’état sauvage — est la somme et la synthèse de tout ce que le prodigieux saxophoniste, chanteur et claviériste Rémi Sciuto a écouté et n’a pas eu envie de trier. Les tiroirs de la mémoire collective sont sens dessus dessous : jazz, rock, fanfare ou chanson, Rêves et fantasmes d’une chaussure ordinaire est, à l’image de son titre, hétéroclite et surprenant.
L’univers de Wildmimi convoque des images de cirque ou de manège où tourneraient sans fin mille animaux imaginaires, parfois drôles, parfois inquiétants, et qui auraient le droit de changer de place pour s’adonner à des acrobaties étonnantes. À cette syntaxe onirique s’associe un côté kitsch parfaitement assumé par des musiciens irréprochables : Antonin Leymarie à la batterie, Antonin Rayon aux claviers, Fred Pallem (leader du Sacre du Tympan, dont Rémi Sciuto fait partie) à la guitare et à la basse, Nicolas Mathuriau aux percussions, Boris Boublil aux synthés et les saxophone, trombone et trompette du Trio Journal Intime, respectivement Fred Gastard, Matthias Mahler et Sylvain Bardiau.
Groupe itinérant, Wildmimi se produit dans un camion-scène aux côtés de Gaspard LaNuit, Marjolaine Babysidecar ou Grupa Palotaï. Ne manquez pas la fête !
Les productions du label lillois Circum Disc sont ici suivies avec attention : encore une fois, une magnifique créativité se déploie avec l’orchestre Vazytouille, membre du collectif Zoone libre et son premier disque éponyme. Mais vas-y touille quoi exactement ?
Les styles, les genres, les catégories, et tout ce qui empêche de s’amuser comme on veut, pardi ! Manquerait plus qu’on ne puisse mélanger un chœur, d’abord a cappella, avec, entre autres, une guitare électrique, deux saxhorns et des percussions ! La succession rythmique de passages d’ensemble et des moments intimistes crée du relief et de la profondeur, sur un certain fond de mélancolie poétique. Free jazz et chanson, free rock et citations, Vazytouille a décidé de ne pas se laisser embêter dans la cour de récré.
Audrey George : flûte Maryline Pruvost : flûte Nahisa Abdou : violon Sureya Abdou : violoncelle Christian Pruvost : trompette Lune Grazilly : saxhorn alto Michaël Potier : saxhorn Jérémie Ternoy : piano Sakina Abdou : saxophone Vincent Debaets : saxophone Jean-Louis Morais : guitare Mathieu Millet : contrebasse Bruno Kamalski : percussions Charles Duytschaever : batterie