Chronique

Trio Ivoire

Timbuktu

Hans Lüdemann (p), Aly Keita (balafons), Christian Thomé (dms, elec)

Label / Distribution : Intuition/DistArt

Le trio est le jardin du pianiste Hans Lüdemann. Après l’avoir exploré sous toutes ses formes dans Die Kunst Der Trios [1], coffret en forme de somme sorti chez Budapest Music Center (BMC), l’Autrichien revient aux origines avec son Trio Ivoire, son plus ancien triangles. L’occasion de renouer avec le balafoniste Aly Keita qui côtoie depuis des années les musiciens de jazz et signe ici son quatrième album, Timbuktu, excursion malienne pour ce griot d’Abidjan aux racines mandingues.

Si Tombouctou, la perle du désert, est évoquée dès le premier morceau, c’est à un voyage au long du fleuve Niger que nous convie l’orchestre : il débouche sur la mer pour faire le tour du monde. Une promenade tranquille et apaisée, à la fois chimérique et bien éloignée des clichés sur l’Afrique. Lüdemann est un authentique amoureux de la musique africaine, à laquelle il revient toujours, d’une manière ou d’une autre. On se souvient du « Balafon blanc et noir » enregistré avec Rooms ; ici la démarche est similaire, comme en témoigne le profond « Perles Noires » où Keita joue d’un bien rare balafon chromatique. Pour les accompagner au sein d’Ivoire, le batteur allemand Christian Thomé remplace Steve Argüelles, dans un registre assez différent. Certes, ce comparse régulier de Markus Stockhausen mâtine lui aussi son jeu d’électronique, mais son rôle est moins saillant, il cherche davantage l’amalgame de timbres entre le piano et le balafon. Ce permanent jeu de cache-cache est le centre de gravité de ce nouvel album. Thomé assumait déjà ce rôle très coloriste, qui élargit le champ de ses compagnons, dans Eisler’s Exil. Ainsi la polyrythmie de « HeartBeats » est-elle à peine soulignée par des effleurements de métal qui se confondent parfois avec le son mat de Keita. La sensibilité de sa batterie se présente, délicieux paradoxe, comme l’élément traditionnel de cet Ivoire-là.

Parfois, le batteur laisse les deux claviers s’étreindre sans plus de liant, comme dans ce « Makuku » aux allures de chanson populaire. On se souvient qu’Ivoire a joué avec la grande chanteuse ivoirienne Dobet Gnahoré ; cette mélodie sans paroles, où chacun va à la rencontre de l’autre pour un dialogue harmonieux, suggère la présence d’une voix. C’est sur le magnifique « Crum » que la combinaison est la plus troublante, le piano et le balafon ne faisant bientôt qu’un. Les roueries de quart de tons du piano virtuel de Lüdemann, comme le subtil travail en contrepoint du balafon, ont raison de notre perception et nous guident dans cette escapade sans boussole. A suivre les yeux fermés.

par Franpi Barriaux // Publié le 18 août 2014

[1Où l’on retrouve les formations Rooms, Eisler’s Exil, Nu Rism, Rythm et Chiffres.