Verona Sextet

Leaps and Bounds

Steve Piccolo (elec, voc), Sergio Armaroli (vib), Francesca Gemmo, Magda Mayas (p), Elliott Sharp (g), Tony Buck (d)

Label / Distribution : Hat Hut

Les climats des musiques du poète et chanteur Steve Piccolo ont toujours quelque chose de vaporeux et étrange, depuis l’époque où il était l’une des incarnations des Lounge Lizards. Voix grave et légèrement voilée, le New-Yorkais a une aura, et il a toujours sur s’entourer pour délivrer une ambiance nocturne, urbaine et inimitable, à l’instar de ce que l’on entend dans « Whatever You Do, Don’t », le premier morceau du Verona Sextet, dans le double écho des pianos de Magda Mayas et de Francesca Gemmo. La première aux commandes d’un clavier préparé, qui se confond avec le vibraphone de Sergio Armaroli, la seconde raffolant des ponctuations et des incursions main droite. Le Verona Sextet est une famille, qui se construit presque naturellement : on se souvient que Piccolo et Armaroli avaient enregistré un Blue in Mind avec le guitariste Elliott Sharp ; on le retrouve ici apportant de la distance et de l’étrange sur l’intense « Department of Interdictions ».

On ne sera pas surpris non plus que l’inventif et très coloriste Tony Buck complète ce sextet qui place l’improvisation en son centre. Dans la mécanique de clavier au cœur de ce Leaps And Bounds, il est avec Sharp le caillou dans le soulier, la boîte de dérivation qui donne un supplément de poésie dans ce concentré de sensations cerné par l’électronique (« Zyno »). La parole de Piccolo est chiche, mais son travail sur le son vaut tous les mots. Sur « Open Spheres », où les deux pianos créent un motif unique, comme passé dans un tamis onirique, on a le sentiment que chaque son prolonge celui de son voisin proche, comme une longue litanie d’échos que l’électronique traite avec douceur, sans dénaturer le propos, comme pour tendre vers l’infini.

Il y a dans le travail de l’orchestre un souci de faire collectif, même si l’approche très contemporaine de Mayas et Armaroli sont le corps du propos. La récente collaboration de Gemmo avec le vibraphoniste sur Monkian Florilegio montre qu’il y a ici davantage qu’une communauté d’idées, mais une véritable cohésion. Enregistré à Vérone - forcément - en 2024 pour le label HatHut, Leaps and Bounds est une musique de la persistance (rétinienne, sonore, cognitive) et de l’inconscient, dans un état d’errance onirique qui convient si bien aux esthétiques de Piccolo. Une musique du lâcher-prise.