Chronique

Vincent Peirani & Michael Wollny

Tandem

Vincent Peirani (acc, accordina), Michael Wollny (p)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Le duo est un exercice pour le moins périlleux. En musique comme en toute autre chose. C’est pourtant cette formule nue que l’accordéoniste Vincent Peirani a fait sienne comme d’autres avant lui celle du trio.
Depuis plus de 10 ans et sa rencontre fondatrice avec le saxophoniste Vincent Lê Quang [1], Peirani multiplie les collaborations : le violoncelliste François Salque, le multi-instrumentiste Michel Portal, le saxophoniste Émile Parisien, le guitariste Pierre Perchaud. Il récidive aujourd’hui avec le pianiste allemand Michael Wollny avec lequel il signe le bien nommé Tandem.

Ces deux-là se connaissent bien (ils avaient déjà enregistré ensemble en 2013 l’album Thrill Box de l’accordéoniste en compagnie du contrebassiste Michel Benita). Ils sont de la même génération, partagent le même goût pour les mélodies limpides et épurées (on est parfois proche de l’univers d’un Yann Tiersen ou d’une Agnes Obel). Ils recherchent les mêmes aventures trans-musicales, sont friands de chansons pop qu’ils aiment à reprendre en y instillant sensibilité et lyrisme (un peu à la manière du duo Brad Mehldau/Joshua Redman). Sur ce Tandem, la diversité des reprises illustre parfaitement la vision très éclectique et très ouverte que les deux musiciens se font de la musique. Tubes pop (formidable version du « Hunter » de Björk, « Fourth Of July » du barde américain Sufjan Stevens), thèmes écrits par des compositeurs aux personnalités fortes (Andreas Schaerer, Tomás Gubitsch) ou standards intemporels (« Vignette » de Gary Peacock). Tout y passe. Vincent Peirani et Michael Wollny ajoutent chacun deux compositions d’une grande musicalité (un petit faible pour « Did You Say Rotenberg ? » de Peirani) qui se fondent à merveille dans la tonalité générale de l’album, à la fois mélancolique et apaisé.

Avec cet album les deux quasi-quadras s’ancrent un peu plus encore dans le paysage jazzistique européen en offrant un jazz moderne, intransigeant et populaire sans jamais s’abandonner aux sirènes de la facilité. Vincent Peirani et Michael Wollny réconcilient deux instruments cousins que l’on a longtemps opposés : le piano à bretelles, piano du pauvre, populaire et ringard et le grand piano, bourgeois et savant. Ils nous prouvent sur ce disque que les deux sont, au contraire, fait pour s’entendre. Vivement leurs prochaines aventures.

par Julien Aunos // Publié le 18 décembre 2016

[1Avec lequel il a remporté le premier prix d’orchestre du concours national de Jazz à la Défense, ainsi que le premier prix de soliste en 2003