Chronique

Vol Pour Sidney (aller)

Various Artists

Lol Coxhill (ss), Pat Thomas (dm), Elvin Jones (dm), Michel Doneda (ss), The Lonely Bears, Taj Mahal (voc, g), Steve Beresford (p), Han Bennink (dm), Charlie Watts (dm), Evan Parker (ss), Lee Konitz (ss), Kenny Werner (p), Urszula Dudziak (voc), Tony Hymas (p)

Label / Distribution : Nato

Quelque chose comme le modèle absolu du disque concept ! Avec une distribution étourdissante (voyez plutôt), et une manière unique d’aborder chaque thème, chaque séquence, pour lui donner un maximum de sens et d’efficacité. Vous en aurez une idée avec « Petite Fleur », qui n’est pas déjoué comme on pourrait croire, mais au contraire joué avec un maximum d’intensité florale, façon jungle, et louchant sur les fleurs africaines d’Ellington. L’extrait du ballet La nuit est une sorcière est d’une séduction dansante totale, avant le formidable duo entre Michel Doneda et Elvin Jones sur « Egyptian Fantasy », à mille lieues de la superbe reprise opérée par Émile Parisien et Vincent Peirani, d’une belle logique également.

C’est Tony Coe qui sopranise sur « Si Tu Vois Ma Mère », avant deux versions admirables de « Lastic », dont une élastique évidemment. Puis, rareté absolue, Lee Konitz et Kenny Werner dans un dialogue éblouissant sur « As-tu le Cafard ? », et retour aux petites fleurs. On aura remarqué, bien sûr, le jeu de mot sur Sidney/Sydney [1], qui se justifie d’un vol vers l’Australie, et on soulignera que cette réédition bénéficie d’un livret vraiment formidable, avec un texte lumineux de Lol Coxhill lui-même. Il ne manque à tout ça que le texte de Michel Le Bris, que j’ai reproduit in extenso dans ma chronique du CD de Vincent Peirani et Émile Parisien. (ici même) Si vous n’avez pas ce disque dans son édition originale, cette nouvelle mouture vous comblera. Et si vous l’avez déjà, renouvelez votre discothèque !!!


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Un dernier mot quand même, pour ceux qui ont la mémoire courte, voire pas de mémoire du tout. Bechet fut le premier jazzman, avant Louis Armstrong, à avoir l’honneur d’une histoire complète dans Tintin, en 1959. Il fut aussi admiré et encensé par nombre de créateurs modernes, comme Coltrane (« Blues For Bechet ») ou encore Albert Ayler. Sa version de « Summertime » reste l’un des plus phénoménales de l’histoire, avec celles d’Art Pepper et d’Albert Ayler justement.

par Philippe Méziat // Publié le 31 janvier 2016

[1Je dédie cette remarque à l’ami Jean Buzelin, il comprendra pourquoi…