Citizen
Édition du 24 mai 2012 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Orvieto

Chick Corea, Stefano Bollani

Chick Corea (p), Stefano Bollani (p)

chez : ECM

Ils ont un peu plus de trente printemps d’écart, mais à l’écoute de la musique née de leur rencontre, tout se passe comme si, on ne sait trop comment, une force irrépressible les avait réunis. Chick Corea (un habitué des duos, avec Herbie Hancock, Friedrich Gulda ou Gary Burton), soixante-dix ans à lui tout seul, et Stefano Bollani, trente-huit à ce moment-là (lui a joué en « face à face » avec Martial Solal) ont été enregistrés dans le cadre de l’Umbria Jazz Festival fin 2010. Et il y a une sorte d’évidence dans les entrelacs de leurs rythmes et mélodies, leur gaieté, leurs couleurs chatoyantes, leur plaisir et leur désir de vivre.

On trouve sur Orvieto aussi bien une « Jitterbug Waltz » fort revisitée depuis Fats Waller que la fameuse « Armando’s Rhumba » de Corea, une « Valsa da Paula » signée Bollani, des reprises d’Antonio Carlos Jobim, « Nardis » de Miles Davis et quelques standards.

Hors deux « Improvisations », l’une qui ouvre cet enregistrement et l’autre qui y crée comme une césure centrale –, pièces plutôt abstraites et comme pensées, par trop réfléchies, peut-être, pour être improvisées –, tout ici respire le bonheur propre à la musique. Avec un enthousiasme qui brille dans chacune de ces plages aux reflets multicolores.

par Michel Arcens // Publié le 23 janvier 2012
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Behind The Mirror

Thierry Maillard

Thierry Maillard (p), Jérôme Regard (b), Laurent Robin (dm)

Thierry Maillard est un des pianistes français les plus talentueux. Il n’est pas certain, pourtant, que cela se sache. Il faut souhaiter que Behind The Mirror contribuera à sa notoriété car ce double disque - le premier en trio exclusivement sur des compositions personnelles et le second en solo sur des thèmes empruntés à Miles Davis ou Wayne Shorter (« Nefertiti ») ainsi que sur des compositions de Maillard – est, dans ses deux faces, une grande réussite.

Le trio est enthousiasmant dès les premières mesures de la très belle « Lotus’ Ballad » à la fois par ses couleurs et ses rythmes, ses inventions mélodiques et ses paysages fascinants. L’entente entre les protagonistes est spontanée et on ne se lasse pas du clavier : les deux mains fabriquent un équilibre à la fois assuré et fragile, précaire, donnant parfois le frisson du vertige, suscitant le rêve éveillé qui est au cœur de toute écoute. Lorsqu’elle est enjouée.

En solo, Maillard ouvre de nouveaux horizons aux thèmes de Miles, dont la richesse est perpétuellement à redécouvrir. Il n’est pas si facile d’être à la fois original et fidèle, et il nous offre une nouvelle preuve de son intelligence avec ces « Seven Steps To Heaven », « Blue In Green » ou « Freddie The Freeloader ». Entre autres…

par Michel Arcens // Publié le 23 janvier 2012
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Rêves et fantasmes d’une chaussure ordinaire

Wildmimi

Rémi Sciuto (saxophones, claviers, voix, comp), Antonin Leymarie (dr), Antonin Rayon (cl) + guests

Ex-Wildmimi Antigroove Syndicate, Wildmimi — ou Rémi à l’état sauvage — est la somme et la synthèse de tout ce que le prodigieux saxophoniste, chanteur et claviériste Rémi Sciuto a écouté et n’a pas eu envie de trier. Les tiroirs de la mémoire collective sont sens dessus dessous : jazz, rock, fanfare ou chanson, Rêves et fantasmes d’une chaussure ordinaire est, à l’image de son titre, hétéroclite et surprenant.

L’univers de Wildmimi convoque des images de cirque ou de manège où tourneraient sans fin mille animaux imaginaires, parfois drôles, parfois inquiétants, et qui auraient le droit de changer de place pour s’adonner à des acrobaties étonnantes. À cette syntaxe onirique s’associe un côté kitsch parfaitement assumé par des musiciens irréprochables : Antonin Leymarie à la batterie, Antonin Rayon aux claviers, Fred Pallem (leader du Sacre du Tympan, dont Rémi Sciuto fait partie) à la guitare et à la basse, Nicolas Mathuriau aux percussions, Boris Boublil aux synthés et les saxophone, trombone et trompette du Trio Journal Intime, respectivement Fred Gastard, Matthias Mahler et Sylvain Bardiau.

Groupe itinérant, Wildmimi se produit dans un camion-scène aux côtés de Gaspard LaNuit, Marjolaine Babysidecar ou Grupa Palotaï. Ne manquez pas la fête !

par Raphaëlle T. // Publié le 23 janvier 2012
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Vazytouille

Vazytouille

Les productions du label lillois Circum Disc sont ici suivies avec attention : encore une fois, une magnifique créativité se déploie avec l’orchestre Vazytouille, membre du collectif Zoone libre et son premier disque éponyme. Mais vas-y touille quoi exactement ?

Les styles, les genres, les catégories, et tout ce qui empêche de s’amuser comme on veut, pardi ! Manquerait plus qu’on ne puisse mélanger un chœur, d’abord a cappella, avec, entre autres, une guitare électrique, deux saxhorns et des percussions ! La succession rythmique de passages d’ensemble et des moments intimistes crée du relief et de la profondeur, sur un certain fond de mélancolie poétique. Free jazz et chanson, free rock et citations, Vazytouille a décidé de ne pas se laisser embêter dans la cour de récré.

Audrey George : flûte
Maryline Pruvost : flûte
Nahisa Abdou : violon
Sureya Abdou : violoncelle
Christian Pruvost : trompette
Lune Grazilly : saxhorn alto
Michaël Potier : saxhorn
Jérémie Ternoy : piano
Sakina Abdou : saxophone
Vincent Debaets : saxophone
Jean-Louis Morais : guitare
Mathieu Millet : contrebasse
Bruno Kamalski : percussions
Charles Duytschaever : batterie

par Raphaëlle T. // Publié le 23 janvier 2012
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For A While

Baptiste Trotignon

Baptiste Trotignon (p), Clovis Nicolas (b), Tony Rabeson (dm), David El-Malek (ts), Mark Turner (ts), Tom Harrell (bugle) et divers

chez : Naïve

Baptiste Trotignon, dont on connaît depuis plus de onze ans les qualités artistiques, publie sous le titre For A While une sorte d’anthologie de son travail enregistré sur le label Naïve, travail qui a reçu, depuis Fluid en 2000 jusqu’à Share en 2008, des récompenses nombreuses et justifiées.

Capable de jouer à peu près tout, de s’allier, le temps d’un concert ou davantage, avec un orchestre symphonique ou avec la violoncelliste Anne Gastinel, Trotignon est avant tout un musicien doué d’une intelligence et d’une sensibilité rares. À propos de son travail, de la musique qu’il invente parce qu’elle l’habite, il parle de « lumière », en soulignant le terme pour mieux dire que ce qui le passionne c’est avant tout le passage de l’ombre à la clarté. C’est là, dans cette lucidité, cet « art du dévoilement », que les musiciens les plus passionnants trouvent leur voie.

For A While est ici complété d’un DVD enregistré au festival de Marciac en 2010. La « Suite pour Quintet et Orchestre » en sept mouvements composée incarne un des chemins qu’il emprunte désormais avec le plus de bonheur. Ici, c’est avec l’orchestre du CNR de Toulouse dirigé par Jean-Pierre Peyrebelle.

par Michel Arcens // Publié le 9 janvier 2012
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En sa propre nuit

Hors Ciel

Beñat Achiary (v), Didier Lasserre (dr)

chez : Amor fati

Hors Ciel, duo d’impro composé du vocaliste Beñat Achiary et du batteur Didier Lasserre, est enregistré ici lors d’un concert public à Radio France, dans le cadre d’A l’improviste, émission essentielle d’Anne Montaron. Achiary, dans son chant, libre, charrie mille cultures. S’y entend celle, tellurique, de son Pays basque natal. Chamanique, sa voix voyage. Trop ? Lasserre, racé, laisse entendre ce qu’il ne joue pas. Il fait plus que battre : il suggère, soutient, trace un chemin. L’affaire se joue entre deux improvisateurs hors pair, en leur ciel. Dans la retenue, le creusement ascétique, le duo atteint les sommets.

par Vincent Faugère // Publié le 9 janvier 2012
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Planetary Unknown

Ware, Cooper-Moore, Parker, Ali

David S. Ware (s), Cooper-Moore (p), William Parker (b), Muhammad Ali (dr)

Nouvel assaut free ascensionnel du label AUM Fidelity, meilleur représentant du genre afro-américain originel né dans la combustion des 60-70s. En personne, le sage charismatique David S. Ware ressuscite la venue en studio de Muhammad Ali, qui boxa au terminal Ayler stellaire. S’ajoutent Parker et Cooper-Moore, clavier et basse nucléaires. Le saxophoniste, comme sur son récent et surpuissant album solo, varie les calibres : ténor, stritch, saxello. En orbite, un groupe incandescent. Extatique.

par Vincent Faugère // Publié le 9 janvier 2012
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