Chronique

Yves Rousseau

Wanderer Septet

Pierre-François Roussillon (b-cl), Thierry Péala (chant), Xavier Desandre Navarre (perc), Régis Huby (vln), Edouard Ferlet (p), Jean-Marc Larché (ss), Yves Rousseau (b, comp)

Label / Distribution : Abalone

Il y a au moins une raison littérale qui peut expliquer l’intérêt qu’Yves Rousseau (contrebassiste) porte à l’œuvre de Franz Schubert  : c’est que, dans les compositions de ce dernier, et pas seulement dans la Fantaisie Wanderer, le thème de la marche est très souvent présent. Or les contrebassistes de jazz ne sont-ils pas considérés comme spécialistes de la « walking bass » ? Quant aux raisons existentielles, Yves Rousseau s’en explique et nous renvoie à sa formation musicale et humaine, au cœur de laquelle figure l’expérience de la division subjective qui nous affecte tous, et que l’auteur du lied « Die Forelle » a illustré de façon superbe dans son art.

Il faudra un jour rendre justice à Uri Caine : c’est bien lui qui a inauguré, au siècle dernier, cette manière de tissage entre répertoire classique et musique de jazz. On connaît ses tentatives (réussies) sur et avec Mahler, ou les musiques « vénitiennes », voire Mozart ; on connaît moins le disque consacré à Schumann, qui est (à mon sens) un modèle du genre. Et j’ai trouvé entre Mark Ledford et David Moss (les vocalistes du disque La Gaia Scienza) quelques points communs avec le remarquable Thierry Péala. J’aime moins les moments consacrés à la « biographie » imaginaire de Schubert, qui servent de liens entre les morceaux, mais c’est anecdotique.

Car cette suite de six « Wanderer » (de I à VI), eux-mêmes conçus sur le modèle de courtes suites, et qui empruntent leur matière musicale à des œuvres comme Le Voyage d’Hiver, la fameuse Symphonie Inachevée, ou encore le Quatuor « La Jeune Fille et la Mort », s’écoute de bout en bout avec ravissement. Thierry Péala y fait entendre un style subtilement raffiné qui ne cherche qu’à mettre en lumière les textes sans « mimer » le chant classique. La clarinette basse de Pierre-François Roussillon apporte la ronde profondeur souhaitée, avec parfois des unissons superbes entre lui et le soprano de Jean-Marc Larché, dont j’aime particulièrement le solo sans la partie III de la suite VI. Edouard Ferlet, habitué de ces pratiques de tissages, est le pianiste qu’il faut pour l’entreprise. Et on n’oublie pas Xavier Desandre Navarre qui apporte la marque de la pulsation (qui se trouve de toutes façons dans les originaux : osons dire que Schubert est un marcheur qui swingue !), ni bien sûr Régis Huby qui s’illustre dans ces champs depuis longtemps. Yves Rousseau a concocté tout ça de façon savante, pour en faire un spectacle musical populaire. En tous cas dans l’esprit ! On aime !