Scènes

Zé Jam Afane et Vincent Courtois : le Roi Pêcheur à la Dynamo

Après les Contes de Rose Manivelle et L’Homme Avion, André Zé Jam Afane et Vincent Courtois sont de retour avec ce Roi Pêcheur que nous avons vu à la Dynamo de Banlieues Bleues le 13 décembre 2012.


Après les Contes de Rose Manivelle et L’Homme Avion, André Zé Jam Afane et Vincent Courtois sont de retour avec ce Roi Pêcheur que nous avons vu à la Dynamo de Banlieues Bleues le 13 décembre 2012.

Juste une anacrouse et Zé Jam entre. Quelques phrases rapidement balayées par un crescendo instrumental fiévreux, David Aknin à l’ordinateur et à la batterie, deux guitares (Rémi Charmasson et Maxime Delpierre) et une basse électrique (Sylvain Daniel) plus un violoncelle hendrixien : le ton, le son est rock, l’entrée en matière coléreuse.


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Ze Jam Afane, photo Hélène Collon

Un break. Balancement funk sur tempo lent, Zé revient avec ses mots. Un texte à la fois allégorique et politique, où l’engagement est affaire de philosophie, de sagesse, de morale. De cette démocratie qui ne sait pas, qui ne voit pas, surgissent des personnages, des archétypes qui n’en sont pas, des scènes d’entrée au Paradis, des pantins humains, dérisoires et grands. Perpétue, qui semble débarquer d’une chanson de Francis Bebey. Martin pêcheur s’en revenant de guerre, mélange adultère de Martin Guerre et du Roi blessé, incarné par John Greaves.

Nous voici dans un concerto pour deux récitants. La musique est un melting pot d’influences symphoniques et rock, traversé de ritournelles faussement simplettes. Les textes, de plus en plus allusifs et truffés de références implicites, racontent l’Histoire transfigurée à la façon des grands mythes. Chrétien de Troyes version ouest-africaine, sur une musique qui revient de partout à la fois. Un funk électronique introduit le thème de Thomas ; le personnage de Sankara est sanctifié, auréolé, christique, et bientôt ne fait qu’un avec Lumumba ; les deux héros résistants noirs, crucifiés au nom des intérêts blancs, les deux rois blessés gardiens du trésor de l’humanité.

Chaque thème a son riff. Vincent Courtois lâche l’archet et tient son violoncelle comme une guitare pour en tirer les sons d’une kora, un ostinato que reprennent Charmasson et Delpierre. Et voici du vrai Francis Bebey avec « Agatha », dont le monologue est interprété en alternance par Greaves et Zé Jam. Puis un autre thème, et une autre tirade habitée de Zé Jam, pendant que, dans leur coin, Courtois et Greaves - celui-ci dans son rôle favori de crooner déglingué - poussent une chansonnette dont on ne comprend pas toutes les paroles, une sorte de standard apocryphe où il est question de magic world et autres sucreries. Impossible dialogue. Courtois prend un solo lyrique, puis une longue plage atmosphérique introduit le poème final, hanté par la figure des martyrs et de leur mission libératrice, jusqu’à la victoire finale.

Deux rappels couronnent le concert, et permettent de revenir au premier thème du spectacle, dont on perçoit mieux, maintenant, toute la portée.

Lumumba, il est déjà ici. Ce que les morts attendent des vivants c’est qu’ils leur racontent des histoires. Le roi pêcheur arrive.


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Vincent Courtois, photo Hélène Collon