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Publié le 24 septembre 2001
Un été ariégeois

Philippe Fréchet a été séduit par deux festivals du Sud-Ouest cet été.

Festival de jazz à Foix (21 au 29 juillet 2001)

Malgré des problèmes d’organisation et d’impréparation, une belle réussite sur le plan musical, dans une cour d’école dont tous les musiciens sans exception vanteront la splendide acoustique et l’immense et superbe marronnier central. Neuf jours de belle et bonne musique, avec quelques moments privilégiés, parmi lesquels je retiendrais, comme autant de " coups de cœur " :

- Christian Lavigne (p), en trio avec Michel Altier (b) et Éric Bretheau (dm) : épure et épices, comme un (noir) bateau entre la fraîcheur de la mer et le souffle chaud du vent du sud.
- Jean-Michel Pilc (p), en trio avec François Moutin (b) et Ari Hoenig (dm) : une énergie, un équilibre, un accent sans équivalent(s) sur la scène contemporaine.
- Jean-Michel Cabrol (ts), en quartet avec Davy Grademange (p), Jean-Pierre Barreda (b) et Vincent Calmettes (dm) : magnifique hommage à ce cher vieux Trane, qui devait jubiler sous son auréole…
- le quartet barcelonais du batteur Xavi Maureta, avec Gorka Benítez (ts), Albert Bover (p) et David Mengual (b).
- Jean-Paul Raffit (ac-g, el-g, samp) et Frédéric Lacourt (ss)  : on pense à des duos (célèbres ou rêvés)  : Terje Rypdal / Jan Garbarek, Bill Frisell / John Surman, John Scofield / Bill Evans (le sax), Derek Bailey / François Jeanneau. J’ignore si ces noms évoquent justement ce que j’ai pu entendre, mais toujours est-il que pureté des sons, maîtrise instrumentale, utilisation pertinente et intelligente de l’électronique et des effets, variété du répertoire (entre improvisations totales, standards et compositions personnelles), qualité de l’écoute respective..., tout était là.

Jazz à Pamiers (1er & 2 septembre 2001)

Jean-Paul Raffit (découvert à Foix en juillet) est, tout à la fois, mage provocateur, sorcier sympathique, alchimiste de rencontres, grand saucier de l’improvisation, touilleur émérite de la marmite musicale. D’abord guitariste de blues, il a ensuite accompagné divers chanteurs aux univers particuliers (Bernardo Sandoval, Éric Lareine…) et se consacre à présent, outre l’enseignement, à la mise en place de projets ponctuels, se plaisant à invoquer-convoquer-provoquer rencontres inattendues et surprenantes confluences. Ainsi des deux soirées de Pamiers :

Samedi : Isabelle Bagur (flûtes), Christian Lechevretel (bugle), Malik Richeux (violon), Jean-Paul Raffit (guitares acoustique et électrique, samplers), Joël Trolonge (contrebasse), Pierre Dayraud (batterie, percussions).

Isabelle vient du classique ; Pierre, ancien guitariste, est devenu percussionniste dans de nombreuses expériences musicales tant dans le monde du jazz (Jean-Michel Pilc, Stéphane Belmondo…) qu’à travers ses interventions régulières en Afrique ; Christian Lechevretel (Hector Zazou, FFF…) a créé (avec le batteur Krishoo Monthieux) le groupe électro-jazz Liquid ; Malik (études classiques à partir de 4 ans, découvre le jazz à 18, depuis se promène entre jazz manouche, flamenco et musiques improvisées) et Joël se sont croisés dans le Latcho Drom… Des musiciens aux univers et parcours très divers, donc, dans un répertoire plus improvisé qu’écrit, alternant compositions personnelles (de Raffit ou Trolonge), une visite chez Miles (All Blues) ou chez Gabriel Fauré (travail harmonique superbe du guitariste sur la mélodie de Mai, écrite à l’origine par le compositeur ariégeois sur un poème de Hugo) et surtout des créations collectives scénarisées et instantanées (improvisation totale à partir de critères prédéterminés  : durée, orchestration, climat - joliment appelées " miniatures " lorsque la formation choisie est petite et le temps décidé bref). On a pu ainsi déguster (comme on le ferait d’un foie gras frais poêlé arrosé d’Hypocras) des pièces à 2 (duo g/fh), à 3 (trios dm/b/g, vl/fl/g ou dm/b/fh) ou à 6, toutes plus ciselées les unes que les autres et où le plaisir de l’oreille est toujours doublé du spectacle de la jubilation évidente (et communicative) des musiciens à jouer ensemble. L’une d’elles s’est instantément intitulée " Il pourrait vous arriver des histoires… " et c’est bien ce qui nous est arrivé : un beau paquet d’histoires, recueil de nouvelles courtes ou longues, à douces ou violentes voix, drôlatiques ou dramatiques, des histoires de la vie, tout simplement.

Dimanche :1ère partie : Brigitte Fischer (chorégraphie improvisée), avec Christian Lechevretel (bugle) & le trio Vox [Jean-Paul Raffit (guitares, samplers), Olivier Brousse (basse, contrebasse, samplers) & Alex Roger (battericussion)] ; 2e partie : André Minvielle (chant, voix, " chaudron ", jeux de sons et de parole).

Spectacle " total " associant plusieurs langages artistiques et dans lequel l’improvisation mène le jeu et le jeu conduit l’improvisation (et réciproquement). Personnellement, j’ai été moins convaincu que par le concert de la veille. Si la musique était toujours pleine d’imprévus, de surprises, de moments magnifiques, d’écoute attentive et d’entente parfaite entre les musiciens, la dimension chorégraphique m’a paru moins passionnante.

Il reste à souhaiter que ce petit festival, rapidement improvisé pour sauvegarder une manifestation en perte de vitesse, puisse être renouvelé (et augmenté) l’an prochain, avec peut-être un intitulé plus marqué vers la musique improvisée que vers le label " jazz " : quelque chose comme " Rencontres de Musiques Improvisées & Instantanées " (RM2I). Allez, je dépose le nom.