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Publié le 15 décembre 2001
Raymond Boni / Joe Mc Phee
Voices and dreams
Raymond Boni (g), Joe Mc Phee (as, ts, tp).
[Emouvance / Harmonia Mundi]

Il ne saurait y avoir de titre plus juste pour évoquer la dernière rencontre de Boni et Mc Phee, frères de son plus que de sang qui posent en page intérieure de cet album Emouvance alors que la jaquette, à la composition abstraite, éclaire d’un rouge profond et comme verni la conversation engagée dans ce disque, où les rêves ont une voix. C’est à l’ampleur de la voix, à la fascination du chant, à l’expression libre que Joe Mc Phee se réfère depuis Nation Time, un de ses premiers albums en 1970.

Quatre « voices » irréelles intercalées de « dreams » non moins étranges, se répondent tout au long de l’album. Elles reprennent la même trame, suivent le fil conducteur, ce passage du dialogue au rêve, un thème très proche de The Eulipions de Roland Kirk, lui même fortement inspiré de Lalo Schiffrin que Joe Mc Phee démarre au ténor. Sans relâche, le guitariste l’accompagne, poursuivant l’échange avec une énergie frémissante. D’autres sons de guitare auraient écrasé le ténor mais pas les frottements, les effleurements, la construction crescendo de Raymond Boni, rythmicien sans pareil, intégrant avec souplesse tous les imprévus de cette musique dérangeante. Point de vibrantes démonstrations free ni de vociférations mais plutôt un accord en demi-teinte, intimiste et toujours rebelle. La prépondérance d’effets électriques dans les trois plages intitulées « Dreams » induit un climat insolite, où Joe Mc Phee excelle à la trompette de poche, ne manquant ni de délicatesse ni de force. Ce volet plus onirique incite les musiciens à une improvisation complice, constamment sous tension. Ils brossent tout un arrière-pays dans une tonalité sourde, qui traduit une émotion souvent contenue : babil, souffle, chuchotements, distorsions et transgressions exprimées en un élan continu pour rendre compte des béances et autres fractures de l’âme.

C’est dans de drôles de voies, des espaces obliques - ceux de la passion - que nous entraînent en effet les deux amis qui se connaissent depuis vingt cinq ans et ont joué dans des contextes divers, rapprochant de façon militante cultures et musiques : ainsi s’entend dans cette musique sans parole, un seul chant, exprimant souvent la colère mais aussi la promesse d’une (ré)conciliation .