Publié le 12 octobre 2003
Jean-Pierre Layrac
Le directeur de « Jazz à Luz » répond à quelques questions pour présenter son festival et, à travers la programmation 2003, les idées qu’il défend.
Imaginons que je ne connaisse pas du tout « Jazz à Luz » ; comment me raconteriez-vous l’histoire de ce festival ?
JPL : En treize ans, le festival a évolué. Le projet qu’on avait au départ n’a pas vraiment changé sur le fond, mais on est partis de plus en plus vers une orientation de « musique découverte ». Vous me dites qu’on ne verra pas Ray Barretto à Luz, mais j’ai vu une affiche d’une des premières éditions où étaient programmés Manu Dibango, Roy Haynes Quartet... JP : Tout à fait, on est passés par là et on ne le renie pas. Ça a été nécessaire pour installer le festival, ça nous a peut-être permis de faire de Luz ce qu’il est maintenant . Mais il y a cinq/six ans, on a dit qu’on voulait garder une certaine ligne artistique. Vous m’avez parlé de la réaction des politiques. Comment a réagi le public local, les commerçants, lorsque le festival est né ?
JPL : Il y a toujours une méfiance. Un festival accepté à 100%, ça n’existe pas. Evidemment, il y a des villages qui n’existeraient pas sans le festival : que serait Marciac sans son festival ? C’est une autre histoire, il doit y avoir très peu de gens contre. Luz, en revanche, existe sans le festival. C’est une station d’été, thermale, de ski. Et la réaction à l’écoute des musiques ?
JPL : Il y a de tout. Des villageois qui demandaient au départ ce que c’était que ce genre de musique, qui ne savaient pas d’où ça venait, et qui, à un moment donné, ont fait l’effort. Mais c’est une minorité, je l’avoue. Beaucoup de gens y sont réfractaires, en disant que c’est une musique de fous. A partir de là, nous les invitons à la découvri, cette musique ; le OFF sert justement d’intermédiaire. Vous-même, comment êtes-vous venu au jazz, aux musiques improvisées ? JP : Pas d’un coup ! Comme tout le monde je suis allé à pas mal de festivals, et c’est là que je prenais le plus de plaisir. J’ai écouté Gato Barbieri, Dave Liebman ... Maintenant ce que l’on écoute dans certains festivals, je ne vais plus le voir en live. A part dans les clubs toulousains. Ou chez moi : j’ai toujours beaucoup de plaisir à écouter Monk, Coltrane...Mais après, on prend l’habitude d’aller voir sur scène des gens qui ont envie de vous surprendre. Une chose est claire dans la programmation : le refus du parisianisme. Il y a beaucoup de musiciens que l’on ne connaît pas, ou mal. Comment les avez-vous découverts ?
JPL : On fait un gros travail toute l’année avec Thierry Mathias, qui s’occupe d’un label, « La nuit transfigurée », et a plus de temps que moi. On essaye d’aller dans un maximum de salles, on reçoit beaucoup de disques. C’est difficile de trier et de savoir ce qu’on a envie de faire. Ah bon ? JPL : Oui, le Collectif Slang ! C’est un groupe qui sort des cavernes expérimentales parisiennes, ça ! Oui, mais ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais faire du parisianisme !
JPL : (rires) C’est ce que me disent les musiciens de jazz qui ont envie de me faire mal ! Beaucoup de gens nous disent : « Ça a déjà été ait ». A mon avis, quand on dit ça c’est qu’on est un peu amer. Quand vous programmez Daunik Lazro, qui est controversé, vous essayez d’imaginer les réactions du public ? Vous craignez que les gens partent ? JPL : Non, ça fait longtemps que Daunik Lazro vient chez nous. Un musicien a forcément plusieurs facettes ; quand il vient à Luz, il ne va peut-être pas jouer comme ailleurs. Là, il est dans une formation ; personnellement, c’est un musicien que je trouve magnifique. Il aime venir ici, il y a aussi une histoire qui se crée entre nous et les musiciens. C’est un peu prétentieux, mais il y a de l’amour entre eux et nous. Ailleurs les musiciens arrivent, on les met à l’hôtel et c’est tout. Ici ça ne se passe pas comme ça ; on vit et on partage autre chose. Abordons un point plus noir. A propos des intermittents, quels sont les moyens de lutte ? Y aura t-il des tribunes durant le festival ?
JP : On s’est posé cette question. Au départ, c’est clair, on est 100% avec eux, il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus.
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