Le problème de Steve Coleman tient en un seul mot : le colemanisme. Difficile d’être plus
royaliste que le roi. Certes. Ce musicien a développé, depuis une vingtaine d’années, un concept
musical basé sur la superposition de rythmes, de tempos et sur les accentuations rythmiques. Ces
théories l’ont amené à produire de magnifiques albums. En France, il a trouvé un public très
réceptif et c’est là qu’il produit ses disques.
Cependant, si sa musique est très rythmique, très dansante, si elle possède une force indéniable,
certaines directions artistiques de Coleman sont surprenantes. Érudit, il fouille et enquête pour
comprendre les rythmes et les structures des autres cultures musicales extra occidentales. Ses
morceaux sont souvent accompagnés (ou au moins porteurs) d’un discours théorique. Et parfois
même le mysticisme l’emporte sur la musique. Cet album est surprenant. On y trouve des
morceaux intéressants (Urban ; Treading Water), rythmiques (Reciprocity) mais aussi des pièces
tellement colemaniennes qu’elles en deviennent ennuyeuses (the 42 Assesors ; Instantaneous) ou
caricaturales (Embryo). Un amateur de transe ou de médiation préfèrera l’expérience vécue d’un
ashram. Achetez un disque pour élever son âme en regardant sa chaîne hi-fi (ou la pochette, parce
que, dans ce domaine, les gourous de tout poil sont surpassés !) présente peu d’intérêt. Et puis, la
veine Colemanienne manque de souffle, le propos s’épuise et les disques finissent par trop se
ressembler. Alors ? The ascension to light évoque une évolution, est-ce une promesse ou une
menace ?