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Edition du 8 septembre 2008

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Quoi de neuf cette semaine ?
Dinah Washington
La Reine - The Queen 1943-1957

Voilà une belle anthologie (un double CD de quarante-deux morceaux) permettant de (re)découvrir celle que l’on a appelée "La Reine du blues", à partir de ses premiers enregistrements en 1943 (elle n’a alors que dix-neuf ans) au sein du sextet de Lionel Hampton.

La chanteuse interprète des titres de blues pur, d’autres relevant d’un blues davantage harmonisé ; d’autres encore sont des standards parmi les plus célèbres ("Ain’t Misbehavin", "Willow Weep For Me", "The Man I Love"). Que ce soit en studio ou en concert, toutes les facettes du chant de Dinah Washington sont représentées ici, le tout enrichi d’une biographie très détaillée.

Dominique Carré Swing Quintet
Après la Pluie

On hésite à accoler à ce disque le qualificatif parfois réducteur de "jazz manouche". Car même s’il en possède les principales caractéristiques (son de guitare, pompe rythmique, standards écrits ou interprétés par Django Reinhardt), la palette musicale couverte ici est bien plus étendue.

Diversité des instruments et du répertoire (de la ballade au swing énergique, en passant par le boléro et le traditionnel), enthousiasme communicatif..., tous les ingrédients sont réunis pour faire d’Après la pluie un album accessible au plus grand nombre.

Une porte d’entrée idéale vers le jazz manouche et ses influences.

Big Boss Bossa Nova 2.0

Si vous vous demandez à quoi peuvent ressembler les dissonnances du "Bemsha Swing" de Monk joué par un trio guitare acoustique-basse-batterie sur un tempo de bossa nova, si vous avez toujours cru qu’il était possible de jouer une version jazzy du "Devil’s Haircut" de Beck, si vous rêvez du mariage entre une pédale wah-wah et une guitare aux cordes nylon, alors ce disque est fait pour vous.

En effet, ne cherchez pas ici Jobim, Baden Powell ou Vinicius de Moraes : ils ne sont pas du voyage. Si l’esprit de la bossa règne, c’est davantage au travers de rythmiques légèrement syncopées que par le répertoire. Car Doug Munro, outre quatre compositions, interprète "Spain" de Chick Corea, "Blue Seven" de Sonny Rollins ou encore des titres moins connus de Freddie Hubbard ("Little Sunflower") ou Wayne Shorter ("Fee-Fi-Fo-Fum").

Audace et originalité du répertoire, décontraction du jeu, proximité et intimité de la prise de son : suffisamment de qualités pour justifier la découverte de cet album.

Djivilli Quartet
Picture Of

Un disque de compositions audacieux, au style acrobatique, certes intéressant mais un peu fatigant à la longue car l’exercice est périlleux ! Reste une originalité certaine par rapport au genre, bien que le Djivili s’empêtre parfois dans la routine et l’ombre de Django et Stéphane… On retiendra le moderne et bouillonnant guitariste-compositeur Jérôme Broyer et ses accents bop, et l’originale violoniste Fanny Sauvin avec ses accents blues « grappelliens ».

Kouyaté - Neerman
Kangaba

Un balafon, deux vibraphones (acoustique et électrique), une basse poliment distordue, une batterie métronomique. Tels sont les ingrédients d’un album aux sonorités ouest-africaines marquées, où les mélodies se ressemblent parfois comme des jumelles ("Djanfa Magni" et "Le destin II" à partir de 1 minute 10, par exemple).
Sur quelques morceaux, la voix de Mamani Keita.
Les instrumentistes sont brillants, la production soignée. C’est agréable à écouter, exotique sans trop de piment. Ça ne changera pas votre vie, mais vous tenez là un excellent fond sonore pour vos soirées entre amis, pour peu que votre déco soit dans le style "ethnique-chic".

Elliott Sharp Solo
Concert in Dachau

Elliott Sharp, un des guitaristes les plus appréciés de la scène new-yorkaise, ne cesse d’impressionner par ses projets nourris d’expériences musicales en tous genres alliant jazz, blues, rock mais aussi musiques électroniques et parfois traditionnelles. Toute son expérience du solo est résumée sur cet album, enregistré live à Dachau. Trois plages improvisées complétées d’un rappel suffisent à placer l’auditeur dans les conditions des différents solos donné par Sharp, dont le jeu aux sonorités très personnelles est à découvrir de toute urgence. Le guitariste n’hésite pas à recourir aux multiples possibilités de la guitare pour pousser toujours plus loin l’exploration du son et du phrasé. On ne regrette qu’une chose : ne pas le voir à l’œuvre, tant on voudrait comprendre comment sont produits tous ces artifices inouïs. Avis aux amateurs de registres et de rythmiques originaux à la guitare électro acoustique.

MCK Trio
Espace vital

Espace vital est le titre du premier album du trio MCK composé de Jean-Christophe Cholet (piano), Stéphane Kerecki (contrebasse) et David Michelin (batterie), qui pouvait difficilement être mieux entouré. Ses compositions relèvent d’une esthétique musicale où la recherche d’une dynamique contemporaine se mêle à un certain sens de la poésie et du swing. Une bonne occasion de redécouvrir le talent de ces trois musiciens qui, en toute simplicité, font appel à leur expérience du trio pour parfaire un climat intime très soigné sur le plan mélodique.

Le label Chief Inspector démontre depuis le début un certain intérêt pour la transversalité entre genres musicaux gravitant autour du jazz et des musiques improvisés. Après un premier album du trio Mop en version acoustique composé de Bettina Kee, Jean-Philippe Morel et Emiliano Turi, Electric Mop marque une autre direction dans l’invention d’une musique difficilement étiquetable. Sur ce Pop, il s’agit plus de musiques électroniques, de dance - ou techno -, de rock ou variété que de jazz à proprement parler. Theodora Von Kees, Eric Löhrer et Sylvain Daniel figurent parmi les invités de cette œuvre qui ne pourra que surprendre les auditeurs s’attendant à une continuité directe avec les précédentes productions du label...

Laurent Stoutzer
Praxis

Entouré de sidemen de luxe (Arnaud Cuisinier, Benjamin Moussay et Luc Isenmann, excusez du peu !), le guitariste Laurent Stoutzer concocte une musique intime, atmosphérique, en lévitation à quelques centimètres au-dessus du sol. On pense irrésistiblement au Pat Metheny de Bright Size Life, parfois à John Abercrombie ; « Mayana » évoque, au début, l’introduction de « The End » des Doors.

Variations harmoniques autour de thèmes faits de très brèves phrases mélodiques, climat feutré, élégance un rien nostalgique, sobriété et précision des développements sont les lignes directrices de l’album. Mention spéciale pour le titre « Ishima Iwa » auquel la contrebasse, jouée à l’archet, distordue et compressée, confère une présence toute particulière.

Solveig Slettahjell
Domestic Songs

Solveig creuse le sillon de la sieste avec persévérance. Certes son timbre est agréable, mais la musique est lénifiante. Un disque minimaliste, fait à la maison (dans le silence des longues nuits d’hiver ?) qui fera plaisir à celles et ceux qui aiment le folk sous hypotension.

Carla Marcotulli
How Can I Get to Mars ?

Enfin de la fraîcheur. Dès les premières notes on est conquis par la sincérité et le naturel de cette chanteuse. Beaucoup de charme dans la voix, et une présence vocale qui se passe très bien d’effets, (ça repose des poseuses). L’originalité de la formation, quatuor à cordes et guitare, est très bien servie par les arrangements toniques (écoutez l’enthousiasme des cordes sur "Rocco’s Rythm") et élégants de l’auteur-compositeur lui-même Dick Halligan, fondateur de Blood Sweat & Tears.

Agréable aussi que ce disque ne comporte que trois reprises dont deux standards, même si elles sont ici interprétées joliment et avec sobriété. Les dix compositions mettent mieux en valeur la personnalité de Carla.

Le titre “Autoritratto” qu’elle signe avec sa soeur pianiste Rita porte tout le “fascino” de leur langue natale, d’une mélancolie qui ne veut pas se dire et se révèle avec pudeur dans une belle mélodie douce-amère ; il a pour seul défaut d’être trop court ! On souhait que le prochain album soit tout en italien...

Marc Ribot’s Ceramic Dog
Party Intellectuals

En chien de faïence, Marc Ribot promène le bassiste Shahzad Ismaily et le batteur Ches Smith au son d’un bouillon de culture plus ou moins malin, mais bon quand même.

D’un blues rock passablement déconstruit à un morceau suintant de musiques du monde, d’une version punitive de "Break On Through" à une électropop indigeste, Ribot investit l’exercice avec difficulté, rendant stérile le produit de ses recherches. Et puis, l’allure de Party Intellectuals change, l’ironie se fait plus redoutable sur la "bassstation"ou l’élucubration électronico-dansante de "Fuego".

Toujours plus chanceux, le guitariste imbrique maintenant une mélodie de rien décorée de "field recordings" ("Digital Handshake") et une pièce d’un minimalisme arty ("When We Were Young and We Were Freaks"), emporte son trio au rythme d’une no wave adolescente et drôle ("Girlfriend") ou d’expériences rappelant celles de DNA (C=). Ainsi, en appliquant un no future au domaine de la pop universaliste et brouillonne, Ribot finit par convaincre, tout en relativisant l’importance de l’essai transformé.

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