![]() Publié le 28 juin 2004
Djangophonie
Aubagne, théâtre Comoedia, le 7 mai 2004
Le violoniste Florin Niculescu est au milieu de la scène ; à sa droite, un quatuor à cordes, trois violons et un violoncelle. Stoïque. A sa gauche, le groupe Latcho Drom, digne héritier de l’esprit du hot club de France de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli. Espiègle.
Comme son nom l’indique, le spectacle est un hommage à Django Reinhardt et plus précisément, en associant un quatuor classique à un quartette de jazz, une focalisation sur les liens méconnus existant entre l’éternel guitariste manouche et la musique classique. Notamment, Django enregistra une version swing - et largement enrichie d’improvisations - du concerto en ré mineur de Bach, et composa un Boléro en référence directe à Ravel, pour lequel la formation usuelle du quintet du hot club de France s’insère dans une structure plus étendue, enrichie de cuivres et de cordes. Le spectateur est donc particulièrement attentif à la manière dont vont pouvoir cohabiter ces deux approches musicales si différentes. L’intégration du quatuor classique apparaît sous différentes formes ; la plupart du temps, les trois violons et le violoncelle sont présents dès le début des morceaux lors de l’exposition du thème, trouvant ainsi naturellement leur place dans les passages les plus écrits et les plus structurés, comme sur "Mike", le mélancolique "Troublant Boléro" ou encore le très tzigane "Rythm Futur". Mais parfois, et plus précisément sur le célèbre "Minor Swing", le rôle attribué au quatuor est plus audacieux : au milieu du morceau, on passe d’une habituelle sonorité manouche à un arrangement de cordes hardi et dissonnant joué par les musiciens classiques seuls, auxquels se joindront ensuite les trois membres de Latcho Drom et Florin Niculescu pour un final tout en improvisation et en questions-réponses. Enfin, les arrangements de cordes sont également utilisés, assez traditionnellement, pour soutenir la mélodie d’une ballade telle que "Anouman", chantée par Doudou Cuillerier. Malheureusement, le quatuor classique joue assez peu dans l’ensemble - d’autant plus que certains morceaux sont exécutés en l’absence totale du quatuor. Le résultat est assez frustrant, notamment visuellement car la scène se partage alors en deux mondes : d’un côté Latcho Drom et Niculescu, lancés dans des improvisations débridées, virtuoses et empreintes d’un irrésistible swing et d’une immense complicité et complémentarité (rappelons qu’habituellement Niculescu est un invité quasi permanent de Latcho Drom) ; de l’autre côté, les quatre musiciens classiques assis et quasiment immobiles, leur instrument sur les genoux. C’est là qu’apparaît la limite de l’exercice : il semble que le prix à payer pour accéder à une certaine homogénéité et à l’assimilation d’un quatuor classique au sein du répertoire de Django Reinhardt passe nécessairement par la contrainte d’une écriture plus structurée et le renoncement à une certaine spontanéité dans l’improvisation, afin d’aboutir à une sorte d’équilibre. Or ici la musicalité et la virtuosité exceptionnelles de Christophe Lartilleux et Florin Niculescu font largement pencher la balance du côté swing... Finalement, autant une telle association du manouche et du classique peut fonctionner sur disque, où il semble plus naturel d’évoluer dans des structures délimitées, autant sur scène on peut penser que Latcho Drom et Niculescu se restreignent à ne pas se laisser emporter par leur sens de l’improvisation. Musiciens : Florin Niculescu (vln) ; Latcho Drom : Christophe Lartilleux (g), Doudou Cuillerier (g, voc), Joël Trolonge (cb) ; Quatuor : Zorica Stanojevic (vln), Fanel Demitru (vln), Dragan Urlic (alto), Sedef Ercetin(violoncelle)
Voir aussi :
Christian Escoudé - Gypsie PlanetLe 17 Octobre à 21:00 Théâtre Gérard Philipe - (16 €) Florin Niculescu 100ème anniversaire de Stéphane GrappelliLe 12 Octobre à 18:15 Jazz 70 - Nîmes Agglo Jazz |

















