Citizen

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Edition du 19 juillet 2008

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Quoi de neuf cette semaine ?
Kouyaté - Neerman
Kangaba

Un balafon, deux vibraphones (acoustique et électrique), une basse poliment distordue, une batterie métronomique. Tels sont les ingrédients d’un album aux sonorités ouest-africaines marquées, où les mélodies se ressemblent parfois comme des jumelles ("Djanfa Magni" et "Le destin II" à partir de 1 minute 10, par exemple).
Sur quelques morceaux, la voix de Mamani Keita.
Les instrumentistes sont brillants, la production soignée. C’est agréable à écouter, exotique sans trop de piment. Ça ne changera pas votre vie, mais vous tenez là un excellent fond sonore pour vos soirées entre amis, pour peu que votre déco soit dans le style "ethnique-chic".

Elliott Sharp Solo
Concert in Dachau

Elliott Sharp, un des guitaristes les plus appréciés de la scène new-yorkaise, ne cesse d’impressionner par ses projets nourris d’expériences musicales en tous genres alliant jazz, blues, rock mais aussi musiques électroniques et parfois traditionnelles. Toute son expérience du solo est résumée sur cet album, enregistré live à Dachau. Trois plages improvisées complétées d’un rappel suffisent à placer l’auditeur dans les conditions des différents solos donné par Sharp, dont le jeu aux sonorités très personnelles est à découvrir de toute urgence. Le guitariste n’hésite pas à recourir aux multiples possibilités de la guitare pour pousser toujours plus loin l’exploration du son et du phrasé. On ne regrette qu’une chose : ne pas le voir à l’œuvre, tant on voudrait comprendre comment sont produits tous ces artifices inouïs. Avis aux amateurs de registres et de rythmiques originaux à la guitare électro acoustique.

MCK Trio
Espace vital

Espace vital est le titre du premier album du trio MCK composé de Jean-Christophe Cholet (piano), Stéphane Kerecki (contrebasse) et David Michelin (batterie), qui pouvait difficilement être mieux entouré. Ses compositions relèvent d’une esthétique musicale où la recherche d’une dynamique contemporaine se mêle à un certain sens de la poésie et du swing. Une bonne occasion de redécouvrir le talent de ces trois musiciens qui, en toute simplicité, font appel à leur expérience du trio pour parfaire un climat intime très soigné sur le plan mélodique.

Le label Chief Inspector démontre depuis le début un certain intérêt pour la transversalité entre genres musicaux gravitant autour du jazz et des musiques improvisés. Après un premier album du trio Mop en version acoustique composé de Bettina Kee, Jean-Philippe Morel et Emiliano Turi, Electric Mop marque une autre direction dans l’invention d’une musique difficilement étiquetable. Sur ce Pop, il s’agit plus de musiques électroniques, de dance - ou techno -, de rock ou variété que de jazz à proprement parler. Theodora Von Kees, Eric Löhrer et Sylvain Daniel figurent parmi les invités de cette œuvre qui ne pourra que surprendre les auditeurs s’attendant à une continuité directe avec les précédentes productions du label...

Laurent Stoutzer
Praxis

Entouré de sidemen de luxe (Arnaud Cuisinier, Benjamin Moussay et Luc Isenmann, excusez du peu !), le guitariste Laurent Stoutzer concocte une musique intime, atmosphérique, en lévitation à quelques centimètres au-dessus du sol. On pense irrésistiblement au Pat Metheny de Bright Size Life, parfois à John Abercrombie ; « Mayana » évoque, au début, l’introduction de « The End » des Doors.

Variations harmoniques autour de thèmes faits de très brèves phrases mélodiques, climat feutré, élégance un rien nostalgique, sobriété et précision des développements sont les lignes directrices de l’album. Mention spéciale pour le titre « Ishima Iwa » auquel la contrebasse, jouée à l’archet, distordue et compressée, confère une présence toute particulière.

Solveig Slettahjell
Domestic Songs

Solveig creuse le sillon de la sieste avec persévérance. Certes son timbre est agréable, mais la musique est lénifiante. Un disque minimaliste, fait à la maison (dans le silence des longues nuits d’hiver ?) qui fera plaisir à celles et ceux qui aiment le folk sous hypotension.

Carla Marcotulli
How Can I Get to Mars ?

Enfin de la fraîcheur. Dès les premières notes on est conquis par la sincérité et le naturel de cette chanteuse. Beaucoup de charme dans la voix, et une présence vocale qui se passe très bien d’effets, (ça repose des poseuses). L’originalité de la formation, quatuor à cordes et guitare, est très bien servie par les arrangements toniques (écoutez l’enthousiasme des cordes sur "Rocco’s Rythm") et élégants de l’auteur-compositeur lui-même Dick Halligan, fondateur de Blood Sweat & Tears.

Agréable aussi que ce disque ne comporte que trois reprises dont deux standards, même si elles sont ici interprétées joliment et avec sobriété. Les dix compositions mettent mieux en valeur la personnalité de Carla.

Le titre “Autoritratto” qu’elle signe avec sa soeur pianiste Rita porte tout le “fascino” de leur langue natale, d’une mélancolie qui ne veut pas se dire et se révèle avec pudeur dans une belle mélodie douce-amère ; il a pour seul défaut d’être trop court ! On souhait que le prochain album soit tout en italien...

Marc Ribot’s Ceramic Dog
Party Intellectuals

En chien de faïence, Marc Ribot promène le bassiste Shahzad Ismaily et le batteur Ches Smith au son d’un bouillon de culture plus ou moins malin, mais bon quand même.

D’un blues rock passablement déconstruit à un morceau suintant de musiques du monde, d’une version punitive de "Break On Through" à une électropop indigeste, Ribot investit l’exercice avec difficulté, rendant stérile le produit de ses recherches. Et puis, l’allure de Party Intellectuals change, l’ironie se fait plus redoutable sur la "bassstation"ou l’élucubration électronico-dansante de "Fuego".

Toujours plus chanceux, le guitariste imbrique maintenant une mélodie de rien décorée de "field recordings" ("Digital Handshake") et une pièce d’un minimalisme arty ("When We Were Young and We Were Freaks"), emporte son trio au rythme d’une no wave adolescente et drôle ("Girlfriend") ou d’expériences rappelant celles de DNA (C=). Ainsi, en appliquant un no future au domaine de la pop universaliste et brouillonne, Ribot finit par convaincre, tout en relativisant l’importance de l’essai transformé.

Rusconi Trio
Stop & Go

Il y a peu de formules aussi courantes en jazz que le trio piano basse batterie. Cependant, les tentatives pour moderniser cette formation abondent. Certaines rencontrent un grand succès, comme le trio d’Esbjörn Svensson, ou The Bad Plus. Nul doute que le trio de Stefan Rusconi souhaite suivre les traces de ces formations à la mode. À l’écoute de Stop & Go, on retrouve quelques-unes des qualités de ses deux célèbres trios, comme le son moderne et un groove lié aux influences perceptibles du rock et de l’électro. Si ce disque, uniquement constitué de compositions du leader, s’écoute sans déplaisir, on y trouvera parfois des rythmes appuyés un peu lourdement pour un résultat légèrement moins original que le trio suédois et beaucoup moins corrosif que les trois Américains.

The Spaces In Between

L’Anglais revient avec un disque encore une fois raffiné, en compagnie d’un quatuor à cordes, un cuivre charmeur, un tempo vagabond et coquin (« Moonlighter » en ouverture). Tendance classique et titre révélateur : le saxophoniste tente en effet de s’insinuer dans les espaces ménagés par les cordes (« You Never Know »). John Surman choisit ici une formule organique - point de machines ou d’électronique dans ces espaces-là - et continue d’explorer les possibilités de confrontation entre instruments. Le Dictionnaire du Jazz note à son sujet qu’il aime "jouer des contrastes" rythmiques, et remarque chez lui la fréquence des duos sax/batterie, sax/voix... Ce disque prend lui aussi des allures de duo, mais sans aller jusqu’au bout car c’est entre un quatuor compact (auquel on peut ajouter un cinquième larron en la personne du contrebassiste de son quartet, Chris Laurence), que tout se joue face aux vents de Surman.

Les ambiances sont, là encore, rêveuses et champêtres ("Wayfarers All"), et l’instrumentation violons/alto s’y prête, mais "Now and Again" sonne comme presque comme du Sclavis, de même que "Winter Wish" - avec toujours des poussées jazz. On a là une création superbe, hors du temps et des styles, plus proche des musiques improvisées que du jazz pur et dur même si un swing discret survient au détour de quelques grandes envolées ou de spasmes inopinés "Now and Again", où la contrebasse s’affirme à son tour, où "Hubbub".

Dans cette musique si sereine en apparence semble se tramer un combat en arrière-fond, une sorte d’inquiétude venue du fond des âges. Un petit côté Nom de la Rose alors que "Now See" évoque la conquête de l’Ouest, là où "Mimosa" exhale un parfum oriental. Un disque historique, donc, qui ne néglige pas le voyage (" Way Farers All" !) - mais toujours en terre ECM...

Michael Mantler
Review (1968-2000)

Une compilation au casting à faire pâlir de jalousie tout compositeur : pêle-mêle et tour à tour Robert Wyatt, Carla Bley, Steve Swallow, Pharoah Sanders, Marianne Faithfull, Jack Bruce, John Greaves, Terje Rypdal, Tony Williams, Jack DeJohnette, Don Cherry, Ron Carter, Charlie Haden, excusez du peu… ! Vingt-deux morceaux pour 76 mn rappelant opportunément de quelle créativité est empreinte la longue carrière de Michael Mantler - et à quel point il a toujours su s’entourer... Merci ECM.

Eric Brochard, Jean-Luc Guionnet, Edward Perraud

Ce trio livre deux improvisations de 23 et 25 minutes où chacun tire de son instrument l’antithèse de sa sonorité conventionnelle. Une batterie coloriste et non rythmique, un saxophone qui évacue la mélodie et les intervalles tempérés, une contrebasse abrasive et percussive... Cymbales griffées, rayées, sons de cloches, claquements d’anches, nappes de basse, voire d’infra-basses et cordes frappées à l’archet ; bruits de fond qui émergent ; bruits de surface qui sombrent. Pas deux démonstrations : deux invitations/incitations/provocations.

Ceux pour qui « l’impro libre, c’est tout le temps la même chose » feraient bien d’écouter l’une après l’autre les deux plages : "Lithe" et "Néolithe". Il faudra qu’ils trouvent autre chose à dire, ensuite.

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