![]() Ce trio livre deux improvisations de 23 et 25 minutes où chacun tire de son instrument l’antithèse de sa sonorité conventionnelle. Une batterie coloriste et non rythmique, un saxophone qui évacue la mélodie et les intervalles tempérés, une contrebasse abrasive et percussive... Cymbales griffées, rayées, sons de cloches, claquements d’anches, nappes de basse, voire d’infra-basses et cordes frappées à l’archet ; bruits de fond qui émergent ; bruits de surface qui sombrent. Pas deux démonstrations : deux invitations/incitations/provocations. Ceux pour qui « l’impro libre, c’est tout le temps la même chose » feraient bien d’écouter l’une après l’autre les deux plages : "Lithe" et "Néolithe". Il faudra qu’ils trouvent autre chose à dire, ensuite. Voici le disque d’un rescapé. Pianiste prodige, publiant des disques en leader dès l’âge de seize ans, accompagné de musiciens comme Michael Brecker, Peter Delano avait disparu des radars en raison de problèmes vertébraux. Avant son éclipse, il avait enregistré en 1999 quelques pistes avec le légendaire Dewey Redman, Doug Weiss tenant la basse et Anders Hentze la batterie. Ce sont ces morceaux qu’on retrouve dans ce For Dewey que vient de publier le label Plus loin, distribué par Nocturne et qui se veut un hommage à Redman, disparu en 2007. Les plages où figure le saxophoniste font le prix de cet album : le dépouillement de son jeu, son timbre vibrant y font surgir l’émotion. Par contraste, le jeu du pianiste paraît plus démonstratif, moins personnel, mais tout de même paré de qualités, comme l’aptitude à ciseler le chant, qui suggèrent de se tenir attentif à son parcours. Une réussite que cet enregistrement public, qui restitue l’esprit du cabaret avec une vraie personnalité vocale, des arrangements créatifs, contemporains, servis par des musiciens très talentueux que l’on sent investis au service du projet, avec une belle énergie. On (re)découvre des chansons populaires du répertoire national - première partie XXè siècle -, choisies avec goût (on peut juste regretter le choix de “Mon homme ” qui n’est décidemment pas un hymne féministe, même si l’arrangement est réussi). Les climats, très variés, alternent délicatesse, joie bouillonnante ou groove de derrière les fagots, et l’ interprétation évite les redites. (Mention spéciale pour le très joli duo des "Petits pavés”, avec David Chevallier, où sont mis en valeur la sensibilité et le timbre de la chanteuse.) Le Caratini Jazz Ensemble sonne résolument moderne (écoutez “Départ” par exemple). Un album à saluer par sa qualité, sa sincérité et sa présence. ![]() Andy Bey
Andy Bey v & p Peter Washington (cb) ; Kenny Washington (dr) ; guest Vito Lesczak (dr)
Pianiste-chanteur dans la tradition, confortée par l’ambiance live (il s’agit ici de standards enregistrés au Birdland, club où il connut ses premiers succès). Plutôt crooner, mais plus intéressant dans les tempos rapides, jolis aigus de la voix. . À écouter accoudé-e au bar en sirotant un coquetèle... 1. Intro ; 2. Ain’t Necessarily So ; 3. Hey, Love ; 4. All The Things You Are ; 5. I Let A Song Go Out Of My Heart ; 6. If I Should Lose You ; 7. On Second Thought ; 8. Brother, Can You Spare A Dime ? ; 9. Someone To Watch Over Me. Easy listening. Jolie voix, folk tranquille. Les paroles ne sont pas non plus d’un intérêt majeur. Pour les amateurs des Norah Jones, Madeleine Peyroux et consoeurs. Né en 1999, le quartet du saxophoniste allemand, Daniel Erdmann 3000, revient pour un troisième album chez Enja dans la lignée des deux précédents, pour une musique toujours plus sensuelle, créative et libre. S’imposant actuellement comme l’un des solistes les plus inventifs sur les scènes européennes (le quartet a donné près d’une centaine de concerts en Allemagne, en France, en Autriche, en Hollande, au Portugal…), Erdmann est un véritable concentré d’énergie, accessible à un large public aux confluences du free jazz, du funk et des musiques improvisées. Non loin des artifices d’écriture en tous genres développés par son confrère Frank Möbus Der Rote Bereich, il réinvente un langage musical riche dont l’écriture contemporaine est pleine de nuances, de légèreté mais aussi de retenue, incitant à une écoute toujours plus attentive. Les quatre musiciens s’adjoignent pour l’occasion l’inimitable Yves Robert sur deux titres où le phrasé du trombone rappelle son très bel In Touch (ECM). Un album plein de surprises et de tournures inattendues, une musique excessivement inventive, raffinée et détendue. Beaucoup de parlé-chanté, abus d’intonations miaulantes, phrasé désinvolte, interprétation moqueuse, tout est sur le ton de la chipie. On cherche en vain une profondeur, celle de la voix ou de l’émotion. la seule approche intéressante est celle du titre d’Hendrix, les autres reprises (de justesse) [[Pink Floyd (« Money ») et "Aquellos Ojos Beredes" (Ibrahim Ferrer) sont décousues et appauvries. N’y a t-il donc rien à sauver ? Deux originaux peut être, dont "Dardanella" (n°12 sur 13), qui garde une certaine fraîcheur et un intérêt mélodique. Mais ça ne dure pas, Minaude Agaçante retourne vite à ce ton maniéré horripilant, et... invite un rappeur sur le dernier morceau. Racolage... Pourquoi continuer à bluffer dans les bacs jazz ? Cette jeune dame serait plus à sa place dans la variété-pop (on n’a rien contre !) Le batteur Jean-Marie Lagache revient avec un deuxième album en leader. Ici, deux instruments prédominent : l’harmonica d’Olivier Ker Ourio et la flûte à bec de Benoît Sauvé. Sur des arrangements simples et efficaces, des mélodies suaves et bien trouvées, il réalise un album jazz world de première qualité. Ici la mélodie prédomine, l’émotion est à fleur de peau, les musiciens cherchent et trouvent la beauté. Comme le titre l’indique, Mighty Mo Rodgers puise ici son inspiration dans le grand sud campagnard : banjo et accordéon se mêlent aux traditionnelles voix et « slide guitar ». Les amateurs de country-blues seront servis : voix rocailleuse, textes entre désespoir et humour, 4/4 roi et rythmique puissante... Avec le double CD Belleville, le contrebassiste français Gilles Naturel rend hommage à la fois à un quartier de Paris qui est le sien, au be bop/hard bop, et au saxophoniste américain résidant en France Lenny Popkin. Le premier disque est enregistré le saxophoniste Rick Margitza, qui fascine par la densité de son jeu, et le second avec Lenny Popkin, dont l’intelligence mélodique et la pureté du son envoûtent tout autant. Pour cet album tout à fait personnel, Naturel a fait appel à son compagnon de route Philippe Soirat, batteur au swing imparable, et au pianiste Alain Jean-Marie, incontournable musicien de bop. Dans le style, Belleville fait partie des meilleurs disques de l’année 2007. Remarquable. Suite mordorée est le troisième disque du batteur helvéto-canadien Jérôme Berney, entouré cette fois d’Emilien Tolck au piano et Fabien Sevilla à la contrebasse. Amateur de cette formule, on peut écouter aussi le trio qu’il forme avec Malcolm Braff (p) et Patrice Moret (cb). Il est rare de voir un batteur leader d’un trio, mais ici Berney est l’auteur de toutes les compositions. Sa marque de fabrique : les mélodies suaves et nuancées qui s’articulent autour de riffs bluesy mis en avant par Sevilla sur des rythmiques plutôt calmes. "Rêveuse" et "Intériorisée" sont sans doute les adjectifs qui qualifient le plus fidèlement la musique de Jérôme Berney. ![]() Myriam Alter
Myriam Alter : Composition ; Jacques Morelenbaum : Cello ; John Ruocco : Clarinet Pierre Vaiana : Soprano sax Salvatore Bonafede : Piano Greg Cohen : Bass Joey Baron : Drums
Cinq ans après le très beau If, Myriam Alter livre un nouvel enregistrement dans une formation un tant soit peu renouvelée. C’est toujours la rythmique version soyeuse de Masada (Cohen/Baron) qui propulse le groupe, mais le violoncelle de Jacques Morelenbaum a remplacé le bandonéon de Dino Saluzzi, ce qui apporte une coloration plus "musique de chambre". On retrouve avec plaisir les volutes du clarinettiste John Ruocco. Salvatore Bonafede a remplacé Kenny Werner au piano puisque, chose rare, Alter, pourtant pianiste, préfère ici laisser la place aux interprètes qu’elle a choisis. Les amoureux des arêtes vives et des angles saillants ne trouveront pas leur compte sur Where Is There, où tout n’est que luxe, calme et volupté ! Les compositions, d’inspiration judéo-espagnole, toutes de la plume élégante de Myriam Alter, invitent tour à tour à la danse, à la rêverie ou à l’humeur vagabonde. D’aucuns jugeront cette musique insuffisamment aventureuse. Mais en fin de compte, qui d’autre aujourd’hui (à part peut être le "Bar Kokhba" de John Zorn), propose avec une telle grâce, une telle sincérité, ce genre de musique poignante et qui va droit au coeur ? |



























