![]() Publié le 28 février 2005
Bruno Tocanne dans le boudoir de Proust
Inutile de présenter l’hyperactif Bruno Tocanne, qui promène ses baguettes depuis plus de vingt ans d’un coin à l’autre de la planète. Le batteur qui sème des pêches aux quatre vents, entre Japon et Sénégal, du festival d’Odessa à celui de Chateauvallon ou du New Morning à l’AJMI. L’éclectique percussionniste qui transmet ses messages par la musique, bien sûr, mais aussi par des créations, avec des photographes, des cinéastes, des comédiens... Toujours à l’affût de nouvelles aventures en compagnie de ses pairs du collectif imuZZic, Bruno a dévoilé à Marcel quelques-uns de ses credos...
Le silence.
C’est sur scène, bien sûr, qu’en tant que musicien j’ai été le plus heureux... Si dépendre du désir des autres (musiciens, public, organisateurs) est souvent très pesant, le bonheur qui en est parfois retiré est sans égal...
La sincérité.
S’agissant d’une musique de l’instant, je me dois de tout changer en permanence...
Ne pas réussir à provoquer d’émotion.
C’est d’être parvenu à rester ce que je souhaitais devenir : un vecteur d’émotions et de sensations, ouvert sur les autres, et ce malgré toutes les pressions socio-économiques, sans plan de carrière ni étude de marché...
Tout est encore possible, donc pas de regret pour le moment, seulement trop d’envies à la fois !
... Dans tous les pays que je ne connais pas encore. La musique reste le seul langage qui permette de transcender les barrières linguistiques et culturelles, et on en a sacrément besoin ! Je rêve aussi de jouer avec des musiciens comme John Surman ou Paul Bley...
Son sens collectif du jeu, sa sincérité et sa volonté de partager (avec les musiciens et avec le public).
J’ai beaucoup d’indulgence pour les fautes techniques. Je ne considère la technique que comme une somme d’outils dont chaque musicien s’équipe selon ses besoins et ses envies. C’est un problème qui regarde personnellement chacun d’entre nous. Le tout est de savoir ce que l’on va inventer avec ces outils... J’ai beaucoup moins d’indulgence pour les fautes de goût.
La voix.
Ce sont les musiques qui vont m’émouvoir, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent.
J’ai toujours détesté les héros, mais j’adore écouter Paul Bley, Paul Motian, Ellery Eskelin, Jack DeJohnette, John Zorn, Robert Wyatt, Björk, les musiques d’Iran, Louis Sclavis, Marc Ducret, Vincent Courtois... Mes vrais "héros", s’ils devaient exister, seraient tous ceux et toutes celles avec qui j’ai eu le plaisir de jouer un jour...
”Open String”, Jean-Luc Ponty Experience (Peter Warren, Philippe Catherine, Oliver Johnson, Joachim Kühn) - "Escalator Over the Hill", Jazz Composer Orchestra - "Expression", John Coltrane - "Old and New Dreams", Don Cherry, Ed Blackwell, Charlie Haden, Dewey Redman (ECM 1979)...
Besame mucho.
La prochaine.
La vulgarité, le tape-à-l’œil, la « démonstrativité », les gestes gratuits.
Gauguin, Miró, Van Gogh.
"If", "Family Life", "Théorème" (Pasolini), "L’homme à la caméra" (Vertov).
Daniel Pennac, Fred Vargas, Manuel Vasquez Montalbán, Philip K. Dick, Arthur Upfield...
Sans hésitation : la vodka !
Sans hésitation non plus : les pâtes !
Refaire le monde.
La voix de João Gilberto.
Bruno Rubato (Domancich - Tocanne).
Comment suggérer plutôt que d’affirmer ?
La plus belle des résistances, pour un artiste à l’heure actuelle, c’est de rester soi même. Pour en savoir plus |

















