![]() Publié le 7 février 2005
François Jeanneau "Pandémonium"
Jazz XL - La Maroquinerie (25/11/04)
C’est au Pandémonium de François Jeanneau que revenait l’honneur d’ouvrir - en fanfare bien sûr ! - ce nouveau festival parisien dédié aux big bands (en voilà, un beau concept !), qui aura pris pour cette première édition la forme de cinq soirées à la Maroquinerie. Un Pandémonium dont l’année 2004 aura marqué la renaissance après une éclipse d’une douzaine d’années émaillée de réactivations ponctuelles.
En soi, le déroulement du concert est déjà iconoclaste : plus de deux heures sans interruption, sans présentation des morceaux ni des musiciens, sans que le public puisse manifester son enthousiasme ou sa désapprobation, en tout cas si l’on se réfère au rituel éculé qui régit la plupart des concerts de jazz. Toutefois, point d’anticonformisme dogmatique dans ce choix mais une impérieuse nécessité, vu l’ambitieux mélange des genres auquel s’essaie François Jeanneau. En réalité, l’expression "mélange des genres" est inappropriée car le Pandémonium n’aura de cesse, tout au long de ce concert, de prouver que certaines notions supposées contradictoires, voire antagonistes, sont en réalité complémentaires : écriture/improvisation, harmonie/dissonance, sérieux/humour, musique/bruit, musiciens/non-musiciens... Si tant est qu’il y ait jamais eu de réelle fâcherie au sein de ces dualités, ce concert se sera conclu par une réconciliation générale et définitive. Mieux, le fameux fossé entre artistes et public sera allègrement enjambé, sans pour autant sombrer, comme trop souvent lorsqu’est sollicitée la connivence du spectateur, dans la facilité ou la démagogie.
Si le Pandémonium n’est pas un big band comme les autres, ce n’est pas tant par l’originalité de l’instrumentation que par l‘utilisation de son effectif. Tout d’abord, celui-ci n’est pas uniquement "musical" : à la Maroquinerie, les douze instrumentistes étaient associés à trois comédiens ; en d’autres occasions, des danseurs peuvent se joindre à eux. Ensuite, loin d’être une masse sonore indifférenciée, subordonnée à la volonté d’un chef tyrannique, le Pandémonium est un organisme vivant, multiple, dont chaque membre reçoit à tour de rôle l’occasion de prendre le contrôle, le temps d’apartés personnalisés, toujours surprenants, jamais égocentriques. Histoire aussi de faire connaissance avec l’individu qui se cache derrière l’instrumentiste. De ce point de vue, la prestation de Thomas de Pourquery est exemplaire : ayant confirmé lors d’une époustouflante envolée soliste qu’il est l’un des meilleurs saxophonistes français actuels, le fidèle lieutenant de Jeanneau n’aura pas manqué de révéler l’étendue de son talent comique, laissant le crooner qui sommeille en lui oser enfin son "coming out"...
Dans le contexte ainsi décrit, un rappel aurait été hors de propos. Il fut avantageusement remplacé par une longue et fervente ovation de la part d’un public charmé par ce "spectacle total", dont le seul défaut, si l’on peut dire, est que toute captation sonore ou même visuelle (versions DVD indispensable !) ne pourra jamais en restituer la richesse. Bref, pas d’autre solution que de répondre présent la prochaine fois que le Pandémonium nous gratifiera de l’une de ses trop rares manifestations scéniques... François Jeanneau (saxophone soprano, direction), Thomas de Pourquery (saxophone alto), Sylvain Rifflet (saxophone ténor), Laurent Blondiau (trompette, bugle), Daniel Zimmerman (trombone), Jean-Jacques Justafré (cor), Didier Havet (tuba), Vincent Peirani (accordéon), Emil Spanyi (piano), Stéphanie Marchési (voix), Sébastien Boisseau (contrebasse), Nicolas Larmignat (batterie) ; avec la participation de trois comédiens.
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