![]() Publié le 16 janvier 2006
Hadouk Trio en concert
Au "Cri du Port" à Marseille le 1er décembre 2005
Un concert de Hadouk Trio commence bien avant la première note de musique. Les musiciens sont encore dans les coulisses mais le voyage a déjà débuté. La scène joue les mystérieuses et les promesses sonores sont nombreuses. A gauche, un clavier recouvert d’un tissu aux motifs africains. A ses côtés, une grande kora et deux basses gumbris (une à deux cordes, l’autre à quatre) l’encadrent solennellement. Le temps de jouer les curieux en tentant de voir d’autres instruments dans la semi-pénombre et la scène s’éclaire et brille de mille feux. L’ambiance sonore qui ouvre le concert est suprenante, à l’image de la musique du trio. Didier Malherbe, debout les yeux fermés, sourit en écoutant l’introduction de ses deux compères. Tels deux escrimeurs, Loy Ehrlich et Steve Shehan manient chacun un archet avec précision : le premier frotte lentement et consciencieusement les cordes de sa basse gumbri, le second s’agite afin de frotter la tranche de ses cymbales ou autres percussions métalliques qu’il déplace ensuite dans l’air pour produire des effets stéréophoniques. Les sons qui traversent la salle feraient presque passer la roulette du dentiste dans Marathon Man pour une douce ballade...
La suite de ce morceau inédit, encore orphelin de titre, est très rythmée et offre le mariage du pipeau, des derboukas jouées au balais et d’une ligne de basse élémentaire à la gumbri, la gumbass, comme la nomme Malherbe avec humour.
Au-delà de ces passages tempétueux, l’alchimie hadoukienne opère jusque dans la plus élégante douceur, comme l’illustre le magnifique solo de kora qui sert d’introduction à "Gopi". Le groupe interprète également, entre autres, une version de "Salsamovar" d’une dizaine de minutes, embellie d’un long duo entre percussions et flûte puis d’un autre duo entre percussions et piano. Sur ces passages, la présence de Shehan est impressionnante, le musicien mêlant sans relâche rythme de base et ornementations, le tout mis en valeur par une sonorisation parfaite restituant avec fidélité les frappes les plus fortes comme les effleurements les plus imperceptibles.
Pour celles et ceux qui connaissent la musique du trio à travers leurs disques, assister à un concert apporte bien plus que la simple relecture des compositions du groupe, même si les versions jouées ici sont largement étirées et enrichies d’improvisations. Le plaisir de découvrir, de voir et d’entendre des instruments inconnus ou méconnus à l’aspect souvent aussi fascinant que leur sonorité est également une part importante du spectacle. D’autant que les musiciens font preuve d’un grand respect pour eux : Steve Shehan manipule avec autant de soin son hadgini d’argile que son hang en métal, et Loy Ehrlich explique, en les réaccordant, la fragilité des basses gumbri...
Ce respect se traduit aussi par la place apportée à ces instruments : parfaitement intégrés dans les compositions, ils sont souvent utilisés en solo, en introduction ou en cours de morceau, afin de révéler leur essence la plus intime. Outre le solo de kora déjà cité en ouverture de "Gopi", un grand moment du concert reste l’introduction, approchant la magie, d’un autre titre par un long solo de hang, dont les sonorités pures et cristallines remplissent l’espace de la salle. |




















