Publié le 22 mai 2006
Gebhard Ullmann
Gebahrd Ullman fait partie de ses musiciens connus sans l’être : la plupart des amateurs le connaissent de nom et savent que sa musique est novatrice, mais rares sont ceux qui l’ont écouté, particulièrement en Europe du sud, où il ne se produit presque jamais. L’occasion de découvrir un musicien soucieux de laisser son empreinte dans l’histoire des musiques créatives.
Taran Singh : Comment a pu naître l’album Bass X3 ? C’est un concept unique : deux contrebasses et une flûte basse ou une clarinette basse. Quelqu’un l’avait-il fait avant toi ?
préalable... Comme le label ne décollait toujours pas, j’ai fait un tour d’horizon pour trouver une solution et suis tombé sur Philip Egert de Drimala Records. D’où vient cette sonorité si sombre ? Avais-tu une idée à l’avance du type de son que tu cherches ou est-ce dû à un pur hasard ?
Parallèlement, j’ai enregistré des disques avec des ensembles de bois : un chœur de flûtes dans les années quatre-vingts et, plus tard, dans les années quatre-vingt dix, un ensemble de clarinettes. Mais le vrai tournant a peut-être été le travail autour de l’album Tá Lam, en 1991. Peux-tu me raconter d’où tu viens, où tu as grandi et comment tu es arrivé à la musique ?
Comment nommerais-tu ta musique : free jazz, avant-garde, musique créative... ?
Comment vois-tu la musique créative en Allemagne ?
Que penses-tu de la scène musicale en France ?
Pourquoi ne joues-tu pas plus souvent en France ?
Après avoir joué avec mon Clarinet Trio au festival de Nevers, j’ai été invité à d’autres festivals, point final. La seule fois où j’aie pu emmener un des mes groupes américains en France, c’était il y a deux ans, à Strasbourg. C’est peut-être parce que je n’ai pas de manager français ! Où es-tu le plus reconnu en Europe ?
Tu parlais de Tá Lam, un combo de dix musiciens. Peux-tu nous en dire plus ? Qu’est-ce que Tá Lam exactement ?
Ensuite, j’ai d’ formé un sextet, puis un octet, pour finir par dix musiciens. Ce combo était l’un des premiers à regrouper des musiciens de Berlin-Est et de Berlin-Ouest après la chute du Mur, et je peux t’assurer que la réunification au sein de ce groupe a été une idylle. Chaque fois que je peux faire jouer cet orchestre, j’intègre de jeunes musiciens, nouveaux venus à Berlin, et qui sont parfois d’anciens élèves. Récemment, par exemple, j’y ai introduit un de mes anciens élèves bulgare. Ce qui reflète l’une des tendances de la scène musicale berlinoise de ces dix dernières années : la « cosmopolitisation »... Si on peut dire ça ! Tu as beaucoup de groupes de formats différents et aux sonorités très diverses : Clarinet Trio, Conference Call, Basement Research, Tà Lam, le quartet avec Steve Swell... Que t’apportent tous ces projets ?
Conference Call est un collectif de travail transatlantique dont les membres, après plus de sept tournées en Europe et aux États-Unis, se comprennent à demi-mot, et qui fonctionne comme une famille. Basement Research est le groupe américain que j’ai créé en 1993 et qui, à l’époque, était l’un des premiers quartets à deux ténors + basse + batterie (j’ai toujours adoré Live at the Lighthouse d’Elvin Jones). Depuis, j’ai changé son format et c’est devenu un quintet qui tourne entre Berlin, Londres et New York, avec une fantastique nouvelle section rythmique. Nous avons enregistré en novembre, lors de notre dernière tournée. Le Ullmann / Swell 4
avec Barry Altschul et Hill Greene est un quartet qui s’articule autour du trombone et du ténor / clarinette basse. Ce nouveau projet new-yorkais avec Steve a une dimension différente, ouverte, que j’aime beaucoup et qui m’ouvre de nouveaux horizons de jeux. Pour les trios, avec Peter Herbert et Chris Dahlgen, j’explore le registre grave de la musique et j’ai recommencé à jouer de la flûte basse. Avec Chris et Jay Rosen, nous avons introduit l’électronique. Avec Chris et Art Lande, nous poursuivons mon disque Essencia chez Between The Lines, et nous nous plaçons clairement dans le domaine des improvisations calmes, avec beaucoup d’espace. Pour moi, c’est un peu comme un projet de ballades.
Le disque en Big Band avec le NDR Big Band était une occasion unique de présenter mes idées de « liberté arrangée », en mettant en relief les contrepoints, les contre-chants et les concepts qui apparaissent habituellement dans mes compositions mais qui, joués par un grand orchestre, deviennent encore plus intéressants. Je me vois à la fois comme un interprète et comme un compositeur, un concepteur. Il y a des projets où j’apparais dans les deux rôles, mais parfois, l’une des deux facettes l’emporte. Autre aspect très important à mes yeux : je tiens au vieux concept de combo cher au jazz. C’est-à-dire que mes groupes jouent ensemble pendant dix ans, voire plus. Ce qui permet à nos relations musicales et humaines de s’affermir. Après tout, le jazz est une affaire de communication, et on ne peut atteindre certains niveaux que si on donne de son temps. Pourquoi, au fil des albums, reviens-tu systématiquement sur certaines de tes compositions ?
Dans quels autres projets musicaux es-tu es impliqué aujourd’hui ?
Quatre nouveaux disques sortiront en 2006 chez Leo Records, NotTwo Records, 482Music et Between The Lines. Tu trouveras plus de détail sur mon site. Je crois que ma principale préoccupation, c’est de construire une œuvre. Habituellement, la vie d’un « musicien créatif » n’est pas des plus faciles, ni musicalement, ni matériellement. Qu’en est-il de la tienne ? J’ai eu des hauts et des bas, mais depuis une dizaine d’années, je peux jouer ma musique avec, bien sûr, quelques contrats comme accompagnateur ça et là. Le problème dans le jazz, c’est qu’on n’a pas assez d’argent pour s’offir les services d’un attaché de presse ou d’un agent. Aussi, parfois, je finis par passer plus de temps à m’occuper du côté matériel qu’à travailler ma musique. Surtout depuis que je tourne aux États-Unis et en Europe. Mais je dois dire que faire partie d’un collectif de musiciens new-yorkais ayant beaucoup d’affinités m’aide beaucoup. (Traduction : Bob Hatteau) Pour aller plus loin... Projets pour 2006 :
Voir aussi :
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