![]() La production récente du guitariste irlandais Mark O’Leary est abondante. Le label Leo Records édite la plupart de ses disques, tel ce Zemlya, mais c’est pourtant l’onirique et aquatique On The Shore, chez Clean Feed, qu’on avait récemment apprécié. Son travail peut se décrire comme un jazz de chambre - petites formations, instrumentations originales - fortement mâtiné d’électronique et faisant appel à des talents confirmés de l’improvisation libre. Dans le meilleur des cas ce cocktail produit des textures inouïes où l’artiste taille une musique riche en pouvoir évocateur. Zemlya ne déroge pas à la règle, qui offre quelques combinaisons sonores complexes et captivantes. Il contient aussi, malheureusement, de trop nombreux passages de musique brouillonne et gratuite, d’autant plus surchargée qu’elle est nimbée d’une réverbération qui ferait pâlir de jalousie les ingénieurs d’ECM... Le nom de cet ensemble de musique contemporaine laisse de prime abord dubitatif. De jazz ici, il ne semble point être question, même si parmi la vingtaine d’instrumentistes rassemblés par le compositeur et chef Mark Harvey, figurent des musiciens comme Taylor Ho Bynum. A titre d’exemple, la première des deux pièces de la suite qui commence le disque, enregistrée dans la semaine des atttentats du 11 septembre 2001, fait intervenir une soprano dans une couleur proche de la musique viennoise du début du XXè siècle. Et puis on entend une guitare et une basse électrique, ainsi qu’une batterie. Avec les solos d’Arni Cheatham au sax alto dans "One Thing And Another" et de Phil Scarff au ténor sur "The Prevaricator" - qui se rattachent clairement à l’improvisation jazz - l’impression initiale de musique essentiellement composée - dans une esthétique classique contemporaine - autour de thèmes "citoyens", finit par se brouiller, d’autant que certains passages sonnent furieusement "big band". Alors on en prend son parti, on range les étiquettes, et on écoute une musique de qualité, si l’on fait exception d’une unique faute de goût : un trombone imite le bruit d’un avion en perdition, dans une pièce enregistrée en pleine émotion post-11 septembre... Tiens ! Voici à nouveau Daniel Humair et Joachim Kühn réunis... Ce n’est pas sans la nostalgie de leur légendaire trio avec Jean-François Jenny-Clark que l’on lit les noms de ces deux musiciens sur la pochette de Full Contact. Les souvenirs que font naître le nom de Tony Malaby sont plus récents : nous sommes en 2007, rue des Lombards. Humair et Malaby sont sur scène avec Marc Ducret pour un formidable concert qui nous fait espérer une suite, voire un disque. Finalement, de suite, point vraiment, mais on se console largement avec ce disque où notre sorcier des fûts retrouve le ténor texan. Doit-on préciser aux amateurs de jazz straight ahead, aux confortables aficionados du mainstream, qu’ils doivent pendre leurs jambes à leur cou ? Il est question ici d’improvisation totale autour de thèmes à peine esquissés. Est proposée à nos oreilles esbaudies la redéfinition des rôles classiques dévolus à ces piliers du jazz traditionnel que sont piano, sax et batterie. Le résultat n’est pas confortable, mais parfaitement cohérent. Le free regorge hélas d’interminables errements où des musiciens cherchent à tout prix à donner le change en ordre dispersé. Pas de ça ici, grâce à une qualité d’écoute mutuelle, une concentration maximale, réunissant dans un même moment de grâce trois virtuoses qui sont aussi trois compositeurs. Le violoniste Jeff Gauthier n’est pas seulement un vétéran de la scène West Coast. C’est aussi le fondateur et patron du label Cryptogramophone sur lequel paraît ce House Of Return. Les frères Cline, Nels le guitariste et Alex le batteur, déjà présents à ses côtés dès 1979 au sein de Quartet Music, y figurent en compagnie du clavieriste David Witham et du bassiste Joel Hamilton. Ce label brille par le soin apporté tant aux décors des pochettes qu’aux musiques. Celles-ci, proposées par les meilleurs musiciens de la West Coast, vont d’un jazz aventureux et authentique comme l’hommage rendu par Nels Cline à la musique d’Andrew Hill, aux expérimentations soniques de Todd Sickafoose, en passant par le classicisme mélodique du très bel Early Reflections récemment publié par le quartet de Bennie Maupin. House Of Return est représentatif à la fois de la qualité et de la variété de la musique proposée par ce label. Depuis des ballades à tirer des larmes comme "Dizang", jusqu’à une musique complexe et pêchue révélant un énorme travail sur le son comme "Friends Of The Animals" en passant par le groove puissant, épicé de gimmicks électroniques, de "Satellites & Sideburns", ce disque s’écoute avec un intérêt constant et on le retire du mange-disques avec la conviction qu’on ne tardera pas à l’y replacer. Todd Sickafoose est un alchimiste. On le devine aisément penché au-dessus de ses creusets électroniques à la recherche de la sonorité inouïe, de la texture ultime. Tiny Resistors, le produit de ses dernières recherches, est un nouvel exemple de musique à écouter au casque pour en apprécier, sous des dehors cools, les innombrables couches de sons, le soin maniaque apporté aux arrangements et au mixage. Si les contrastes entre morceaux et ambiances étaient mieux ménagés, avec un sens narratif plus affirmé, ce disque serait encore plus intéressant. Les très bonnes transitions entre les deuxième et troisième plages ou entre "Whistle" et le morceau qui donne son titre à l’album, montrent bien que pour cet artiste, la musique n’est pas que du son. Nous attendons donc de lui que le prochain album soit enfin la réussite incontestable qu’on le sent capable de produire. Un univers entre la pop et le jazz, un beau timbre, une vraie écriture. Un album de compositions intéressantes qui révèle une musicienne originale (les reprises, elles, sont inégales : si "My One And Only Love" est fort gracieux, "Roxane" n’y gagne rien). Par le choix de l’anglais, les couleurs pop, la qualité de la voix, les musiciens prélevés sur le dessus du panier, Louisa Bey devrait, en développant son univers, faire son chemin, sans frontières. Ballades noires... Chansons des années 30 reprises par un trio vocal féminin et un quartette avec trompette. Une voix lead guitariste au léger voile Anita-O’Day-esque, un son mat, on les imagine bien guitare en bandoulière en première partie de l’orchestre de “Sugar” dans Certains l’aiment chaud. Les deux originaux en français, aux malicieuses paroles signées des chanteuses, apportent une fraîcheur bienvenue. Un disque qui transmet le climat joyeux de l’époque, sans brillance, mais bien fait. Pour les amateurs du genre. ”If You Want to Go to Trinidad”... Ce quartet formé il y a 15 ans a décidé de tout changer pour ce nouveau disque. Il a gardé de sa période free une formidable énergie et une cohésion sans faille. La section rythmique installe des séquences hypnotiques où les boucles du guitariste et/ou du saxophoniste s’insinuent pour donner naissance à un mélange inédit de rock et de jazz. Difficile en effet de trouver des cousinages à ces compositions (toutes du guitariste Olivier Benoît), si ce n’est du côté du trio de Marc Ducret ou du Trickster d’Alban Darche. Pour se faire une idée, le mieux est encore d’aller écouter les morceaux disponibles sur le site... et de repartir avec le disque ! Ceux qui pensent encore qu’en France le jazz ronronne n’ont qu’à bien se tenir... Superbe initiative que cette sélection de dix-sept titres pour la plupart inédits,
réalisée par Manu Dibango lui-même. Au travers ces morceaux initialement écrits et enregistrés entre 1971 et 1975 pour le cinéma, la publicité ou la télévision, c’est à un véritable voyage dans le temps que l’auditeur est convié. A ne pas manquer non plus : l’entretien avec Dibango figurant dans le livret, qui restitue à merveille l’atmosphère désinvolte et avant-gardiste de cette époque. ![]() Clifford Brown
The Quintessence - New York - Paris - Los Angeles 1954-1956
L’excellente série "The Quintessence" propose ici un tour quasi exhaustif de l’oeuvre de Clifford Brown : faut-il rappeler que le trompettiste est mort en 1956, à vingt-cinq ans seulement, dans un accident de la route ? Les vingt-cinq morceaux présentés dans ce double volume révèlent l’incroyable talent de celui qui a influencé un nombre incalculable de ses successeurs. Diction instrumentale parfaite quel que soit le tempo, clarté du discours, sensibilité et finesse d’expression dans les ballades... La polyvalence et la maturité laissent rêveur. A écouter en parcourant le livret érudit (rédigé par Alain Gerber et Alain Tercinet) qui éclaire la sélection de notes biographiques détaillées et parfois anecdotiques, contribuant ainsi à redonner vie à l’artiste disparu. ![]() Elie Maalouf
Through Life
De très belles compositions, des arrangements mélodiques qui ne sont pas sans évoquer parfois le Bojan Z de la période Label Bleu (particulièrement sur les titres Sarsoua et Outside), une interprétation tout en retenue et en sincérité, de belles improvisations de saxophone soprano du remarquable Joshua Levitt font de cet album du pianiste Elie Maalouf un moment propice à de douces rêveries mélancoliques. Un album qui préfigure de belles perpectives... Retrouvez Elie Maalouf en concert au Sunside le 16 septembre 2008, ou sur son MySpace |



























