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Publié le 27 février 2007
David S. Ware, Balladware
Un chien-loup parmi les fleurs

En direct du café "Le Bon Pêcheur" dans le Ier arrondissement de Paris, nos journalistes Julien Lefèvre et Jérôme Gransac confrontent leurs points de vues sur l’album du saxophoniste David S. Ware, "BalladWare", paru l’année dernière chez Orkhêstra International.

Quelques précisions de Julien Lefèvre :

Pour couper court à tout embryon de polémique que pourraient déclencher mes derniers propos de "Regards Croisés", je tenais à revenir sur la comparaison audacieuse (et maladroite) que j’ai pu faire entre le jeu de David S.Ware sur Balladware et certains aspects technico-techiques rencontrés dans les pires périodes du jazz-rock [1].

Avant même de préciser mon propos, il convient de rappeler l’extrème exigence imposée au critique lorsqu’il affirme une vérité, du moins ce qu’il estime être sa vérité. L’exigence passe par la justification, l’élaboration du contenu au delà même d’une simple formule, d’une comparaison qui sonneraient plus ou moins bien. Cette règle d’or, réactualisée récemment dans le cadre de "l’affaire Contat/Collignon", nous nous efforçons de l’appliquer sur le site citizenjazz au travers des milliers de compte-rendu de concerts et chroniques de disque. Je ne crois pas y avoir dérogé à l’écrit ou tout au moins, les quelques affirmations vagues que j’ai pu parfois donner s’inscrivaient dans une rèverie, une divagation controllée de la pensée.

Passer derrière le micro est une épreuve difficile et je m’en suis rendu compte encore le Lundi 26 Février. L’esprit bouillonne d’idées mais la voix a du mal à assembler en si peu de temps cette grande "soupe" d’impressions intérieures. Avec un peu de recul, il me semble important de développer la comparaison un peu maladroite qui terminait ces "Regards croisés" et pouvait donc donner l’impression d’un tir à boulet rouge à bout portant.

Il manquait ce point important dans ma critique enregistrée, la discussion argumentée autour de la monotonie perçue du disque (sous-entendu monotonie subjective). L’univers modal habituel de David S.Ware (sur les albums Surroundered, Go See the World) propose certes un cadre hypnotique a priori répétitif mais qu’il parvient toujours à transcender dans des interprétations tranchantes faisant la part belle au gros son, graves rappant comme des pierriers de montagne, suraigus figurant la fine corde de l’alpiniste en équilibre instable (instable car Ware n’est pas le plus juste des saxophonistes, instrument faux par excellence ?). A vrai dire, il est difficile - et c’est heureux - d’identifier la trame de morceaux comme "Aquarian sound", "African Drums" etc. Un peu comme lorsqu’on écoute une version live de "My Favorite Things" de Coltrane, on est toujours face à du mouvant, du toujours changeant, y compris entre deux écoutes de la même interprétation !

Il est peut-être un peu court d’affirmer qu’on ne retrouve pas ce monde des possibles dans Balladware. Toutefois, sans que l’oreille ne cherche à le faire, la trame du disque devient très rapidement limpide, cousu de fil blanc. On sent une pulsation, une oscillation très, trop régulière, un coté totalement systématique dans la construction des morceaux et dans le discours saxophonistique. Par exemple "Autumn Leaves" propose une déconstruction stéréotypée et archétypale d’un saucisson basée sur l’alternance monotone de notes du thème suivies de volutes très rapides plus ou moins sur l’harmonie (peu importe d’ailleurs). L’évocation du jazz-rock portait surtout sur la quantité de notes à la seconde dans les passages agités et sur l’absence d’émotions ressenties subjectivement, due justement à un son peu nuancé, criard et fatigué.

L’allusion à McLauglin, De Lucia et Meola procède d’un amalgame de ma part (le fameux trio n’ayant formellent rien de jazz-rock si ce n’est la présence de deux virtuoses de la six cordes) mais aussi d’une curieuse sensation vécue à l’écoute de Ware, exposant/déconstruisant les thèmes, comme s’il dialoguait avec lui même, de la même manière que John, Paco et Al conversaient furieusement, parfois pour ne rien dire.

Pour terminer sur une note positive, je recommande néanmoins l’univers de David S.Ware, en ne commençant pas par Balladware vous l’aurez compris mais par le brillant Surrendered.

[1] Pour illustrer mes arrières pensées, disons un condensé de Al Di Meola, Uzeb et Stanley Clarke même si ces artistes et groupe ont pu aussi émouvoir l’auteur de ces lignes