![]() Publié le 14 mai 2007
Banlieues Bleues 2007 (1)
13 mars 2007 – Dynamo – Pantin Zakarya est le seul groupe français à avoir été produit par Tzadik, label de John Zorn s’il faut le rappeler. D’où l’intérêt que Zakarya s’attire sur la scène française actuelle ! Marc Ribot’s Ceramic Dog
Un peu dans l’esprit “Death metal” de Zakarya, Marc Ribot arrive sur scène avec son Ceramic Dog, un projet à long terme selon ses dires. De nouveau, il étonne avec son trio qualifié de “free-punk-experimental-psychedelique-post electronica”. Visiblement remonté contre Air France, Ribot commence par une protest-song amusante à propos de la compagnie dont les « security reasons », invoquées un peu trop souvent, il faut le dire, n’ont pas manqué d’abîmer les bagages du trio. Puis la musique commence. A l’instar du dernier opus trash de John Zorn, Astronome, avec Mike Patton (2006), et comme si un revival « Death Metal » faisait surface dans le milieu des musiques improvisées et jazz, le power trio Ceramic Dog fait du bruit : blues-rock tranché qui dégage une atmosphère trash et bruitiste/noisy avec des chorus (très) rock. Shazhad Ismaily et Ches Smith font partie de la scène rock et underground new-yorkaise. Autant dire que ces gaillards sont adeptes des transes électro, des musiques brutales forcément animées et des sonorités trash. Pourtant c’est vraiment Marc Ribot qui surprend le plus. Certes ce guitariste officie aussi dans le milieu rock, mais il adopte les stigmates trash avec habileté, mélangeant blues et folk américain dans la voix et certains accompagnements. Sa voix fait irrésistiblement penser à celle de David Bowie et l’utilisation de certains accords, qui rappellent l’époque Ziggy Stardust ou The Man Who Sold the World, nous ramène irrémédiablement à Bowie. Avec une musique spacieuse, propice au défoulement neuronal, et des sonorités tranchées, déchirées, jouées par des musiciens forcenés qui prennent leur pied à jouer ensemble, le Ceramic Dog convainc sans peine. Il nous fait vibrer et donne envie de voir se développer ce côté destroy et trash metal « léger et nuancé » dans les musiques dites nouvelles... pour jouir de sa fraîcheur sincère. 21 mars 2007 - Montreuil sous Bois
Création Banlieues Bleues mêlant les artistes à quelques enfants de Seine Saint-Denis dans le cadre des projets musicaux de Banlieues Bleues (Les Actions Musicales) animés par Stéphanie Touré. Si le chanteur est expressif et apporte un soupçon de soul, le saxophoniste est en franche opposition avec le style d’Albert Ayler. Il donne ainsi une fraicheur nouvelle à cette musique toujours d’actualité. Le son nuancé du sax met en relief les subtilités des compositions d’Ayler. Comme pour souligner la beauté de la musique proposée, Bardainne est particulièrement attentif au son, souvent très clair et sensible, de son instrument. Nicolas Villebrun, à la guitare, tranche par la rugosité volontaire de son instrument, qui rappelle la férocité d’Ayler pour les quelques élans free (légers) du concert, désormais devenus classiques dans les musiques actuelles. L’intérêt de cette création réside principalement dans l’intervention des choristes qui, tels les choeurs d’enfants du « Baba Yaga la sorcière » de Christian Vander, pour un hommage à la musique de Magma, montre à quel point la musique d’Ayler est joyeuse et toujours neuve (qui en doute ?), en particulier sur « New Generation » et « I Heard an Angel Singing ». Pharoah Sanders
Pour l’anniversaire de la mort de John Coltrane - quarante ans déjà -, Pharoah Sanders présente un répertoire dans l’esprit de son quartet avec des musiciens réputés dans le milieu Bop et Hard Bop. Rythmique sans faille, meilleurs jeunes boppers de la scène new-yorkaise... il s’est offert là une véritable autoroute. On n’oubliera pas le chorus de batterie de Farnsworth (considéré à New York comme le grad bopper des dix dernières années), d’une luminosité aveuglante et d’une clarté technique tout aussi renversante. Après un long « My Favorite Things » et une jolie tournerie de groupe (mais sans grand intérêt au regard des différentes versions déjà proposées par le passé), Sanders enchaîne avec une pièce aux sonorités rollinsiennes. Là non plus il ne convainc pas vraiment, et malgré quelques tentaives de décharges d’énergie à l’intention du public (qui reste de marbre), il semble un peu perdu. Seul comme une pièce de musée. 23 mars 2007 - Espace Fraternité à Aubervilliers Soweto Kinch : A Life In the Day of B19 : Tales of the Tower Block
Soweto Kinch, jeune saxophoniste noir anglais, raconte l’histoire de quelques personnages de sa cité, à Birmingham, autour du bâtiment B19... Présenté comme ça, l’idée a de quoi refroidir ! Ça ressemble plus à une adresse de cellule de prison ! La cité… Problème européen et américain que nous raconte, à sa façon, Soweto Kinch, avec un humour ravageur et des propos calmes, ironiques mais néanmoins plein de sens et de sensibilité. Kinch est avant tout un sax alto puissant, à l’aise dans son jeu, un véritable jazzman. Ses compositions sont basées sur une alternance Hip Hop, Rap admirablement scandé et jazz aux colorations modernes. Le tout a des accents Hard bop aux harmonies dissonantes ; les envolées au sax sont stridentes et rythmées et les constructions rythmiques sont gentiment frénétiques. L’"Entertainer" Kinch n’a aucun mal à enflammer son public et à l’emmener dans son monde dès le premier morceau. Les lascars dégagent toute une histoire de leur cité : "Adrian’s Ballad" raconte l’histoire de ce jeune devenu chauffeur de bus (Soweto Kinch : "Don’t know for Paris, but for us, bus driver = no respect") après une histoire d’amour manquée avec une "wrong woman". Puis ils nous jouent leur version de la fameuse rengaine "on veut du pèze" chère au monde du rap. Soweto Kinch mérite toute notre attention car c’est d’abord un vrai musicien et un bon rappeur. Lascar à surveiller de près, donc [1]. Roy Ayers Né en 1940, chanteur et vibraphoniste mélodieux inspiré par Cal Tjader et Milt Jackson, Roy Ayers est aussi devenu le musicien le plus samplé du monde avec James Brown grâce à l’avènement de l’Acid Jazz et du Hip Hop. En 1966, Il joue dans le quartet de Herbie Mann et crée le fameux Roy Ayers Ubiquity avec Sonny Fortune et Billy Cobham ; ce groupe trouvera vite sa voie dans le jazz funk d’Herbie Hancock au cour des années 70. Sa deuxième formation, le Roy Ayers Music Project, lui permet de s’exprimer en tant que créateur, côté renforcé par un Music of Many Colors signé avec Fela aux débuts des années 80. Ce soir-là les performers sont impressionnants, le show (pyro)technique, et Roy Ayers en forme ! On revisite presque toute l’étendue des morceaux qui l’ont fait connaitre ("Everybody Loves the Sunshine") au fil d’une longue carrière qu’Ayers a su mener avec brio, sans traversée du désert. Ici, dans une configuration identique aux spectacles de feu James Brown, il tire profit de son côté Monsieur Loyal, de ses musiciens virtuoses et amusants, d’un danseur Hip Hop allumé, tout en conservant une bonne présence scénique. La musique est brillamment interprétée dans un style Jazz/Soul/Funk sans surprises mais qui marche très fort. Soirée réusssie, mais on regrette que Roy Ayers ne soit pas davantage consacré à son instrument pour nous régaler de ce fameux son carillonnant... [Fin de la Première partie] [1] CD : « A Life in the Day of B19 : Tales of the Tower Block » et « Conversations With the Unseen » |




















