![]() Publié le 14 mai 2007
Concours international de piano jazz Martial Solal
Finale du Concours international de piano Jazz Martial Solal de la ville de Paris. Radio France. Salle Olivier Messiaen. Samedi 30 septembre 2006 Martial Solal est un musicien dont le génie "dépasse de loin les frontières de l’Europe et du Jazz" comme le dit le Dictionnaire du Jazz [1]. C’est pourquoi il a l’honneur, de son vivant, de présider tous les quatre ans le Concours international de piano Jazz de la ville de Paris qui porte son nom. Après son lancement en 1989, la manifestation s’est désormais stabilisée. Citizen Jazz avait assisté à l’’édition 1998 (vainqueur Antonio Farao) puis 2002 (vainqueur Baptiste Trotignon) ; voici à présent le compte rendu de l’édition 2006. Chaque concurrent devait jouer une composition en solo, le "Mythe décisif" de Martial Solal avec son NewDecaband, puis un standard à choisir dans une liste définie par le jury, en trio avec François Moutin à la contrebasse et Louis Moutin à la batterie - c’est-à-dire les deux accompagnateurs actuels de Martial Solal lorsqu’il joue en trio - avant de conclure par une improvisation en solo. Le jury, présidé par Martial Solal, comptait neuf membres dont trois non pianistes. Un jury de piano classique ne comporte que des pianistes. Il est logique d’être jugé par ses pairs. Première critique. Deuxième critique, pas de Prix de la critique ni de Prix du public. A l’applaudimètre, ni l’une ni l’autre n’auraient décerné les mêmes prix que le jury. A l’issue des deux épreuves de sélection, six candidats demeuraient en lice. Premier finaliste : Max Wax (RFA) Deuxième finaliste : Tigran Hamasyan (Arménie) Troisième finaliste : Robert Botos (Hongrie) Quatrième finaliste : Paul Lay (France) Cinquième finaliste : Daniel Szabo (Hongrie) Sixième finaliste : Dan Topfer (France/USA) Concert des lauréats. 1er octobre 2006. Maison de Radio France. Salle Olivier Messiaen.Dans son discours, Mme Anne Hidalgo, Première adjointe au Maire de Paris souligne que Paris est une ville d’accueil pour les jeunes talents artistiques. "Cela va sans dire mais cela va mieux en le disant." (Talleyrand). Solal explique ensuite que l’improvisation consiste à raconter ce qu’on a dans la tête, dans un désordre qui a l’air d’être de l’ordre. Le palmarès est annoncé à la quasi-unanimité après de longues palabres (sic). Le jugement a porté sur les trois épreuves de la semaine. Une trentaine de pays étaient représentés. Quarante-huit candidats ont été sélectionnés sur plus de cent. Vingt-et-un ont été retenus après la première épreuve. Six demeurent après la deuxième. Exclusivement des hommes, blancs, européens (sauf l’Arménien Tigran Hamasyan). Le jury était composé de six pianistes dont son président Martial Solal, deux saxophonistes Jean-Louis Chautemps et François Théberge, et un historien du jazz Philippe Carles Le quatrième lauréat est Dan Topfer (France/USA) qui méritait d’être troisième. Il commence en solo par une ballade très marquée par l’impressionisme français (Debussy, Satie) ; Les frères Moutin le rejoignent pour "Anthropology". Le swing du piano devient clair et scintillant. Louis Moutin ne devient souple dans son jeu que quand il se sert de ses mains sur les tambours. Le troisième lauréat est Robert Botos (Hongrie). Il méritait d’être deuxième. Un homme à suivre. En solo, il commence par un blues et joue comme s’il sortait du Minton’s à trois heures du matin. Puis il accélère et ça sonne furieusement be bop. Il joue mieux que la veille, peut-être libéré de la pression du concours. Les frères Moutin le rejoignent pour jouer "Les feuilles mortes" ("Autumn Leaves" pour les anglophones) sur un tempo rapide et c’est excellent. Il se prend pour Herbie Hancock dans le dernier quartet acoustique de Miles Davis et n’est pas loin d’y arriver. Il conclut en solo avant que les jumeaux ne le rejoignent et que le son ne devienne oriental. Impeccable. Le deuxième lauréat est Tigran Hamasyan (Arménie). C’est un scandale ! Seul le jury ne s’est pas aperçu qu’il avait remporté le premier prix haut la main. Heureusement, il a déjà gagné aux USA le prix Thelonious Monk qui est à la fois plus prestigieux et plus rémunérateur. De toute façon, ce garçon est fuoriclasse comme disent les Italiens. Il commence avec les frères Moutin. Ils sont heureux de se retrouver. Cela se voit et cela s’entend. Il mélodise sur In Walked Bud de Monk. Ce n’est plus de la musique, c’est de la magie. Il adoucit, harmonise, arrondit. Il part de Monk pour arriver là où il en a envie, et tout le monde le suit. Changements de rythme, breaks de batterie, solo de contrebasse, variation d’effets, tout l’esprit du jazz est là. Et une fin surprise dont Hamasyan a le secret. Toujours en trio, il reprend What Is This Thing Called Love ?. Ça tourne vite et bien. Quelle joie ! Et quelle complicité ! Comme s’ils jouaient ensemble depuis des années. Le premier lauréat, l’"usurpateur hongrois", qui ne méritait selon nous pas plus que la quatrième place, Gabriel Szabo commence en solo par une sorte de cavalcade très impressionnante techniquement mais sans émotion. Il joue ensuite un standard avec les frères Moutin. Sa technique pianistique est décidément impressionnante mais il n’a ni le lyrisme ni le charisme de Tigran Hamasyan ou Robert Botos. Qu’il joue donc du classique ! D’ailleurs, le public ne s’y trompe pas. Ses solos sont beaucoup moins applaudis que ceux de ses rivaux. En conclusion de ce festival, pour ceux qui n’auraient pas encore eu la chance de l’entendre sur scène, Hamasyan sera en concert en France au "Paris Jazz Festival" (parc Floral de Vincennes) le 24 juin et à "Jazz à Vienne" le 6 juillet 2007. C’est LE pianiste de jazz des trente prochaines années ! Robert Botos est lui aussi à suivre. Quant au vainqueur, Gabriel Szabo, prions Erato, muse de la Musique, pour qu’il aille jouer autre chose que du Jazz... [1] Paris, Bouquins, Robert Laffont
Voir aussi :
BAPTISTE TROTIGNON TRIO Le 20 Mars à 20:30 Pole Sud Antonio FARAO QuartetLe 17 Janvier à 20:45 Jazz Club de Dunkerque - (14 €) Antonio FARAO QuartetLe 16 Janvier à 20:45 Jazz Club de Dunkerque - (14 €) Antonio FARAO QuartetLe 15 Janvier à 20:45 Jazz Club de Dunkerque - (14 €) |
















