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Edition du 5 janvier 2009

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Publié le 16 juin 2008
Lilliput Orkestra
Ça urge !
Laurent Rochelle (cl b, ss, fl, élec, kb), Pascal Portejoie (dr, perc), Piero Pépin (tp, bugle, machines, kb), Olivier Brousse (cb, b élec)
[Linoléum]

Ça urge, en effet. Ça commence par des klaxons de voitures et de camions, puis une rythmique qui pourrait être rock tant elle est contondante, sauf que le rock sur 4 temps et demi… Un thème entêtant exposé par les soufflants et ponctué au Fender Rhodes, des chorus énervés : “Tableau I”. Le ton n’est pas à la relaxation.

Puis la voix de Martin Luther King ("Let freedom reign !") en remix avec batterie, contrebasse et flûtes, introduit un “Freedom Rain” curieusement dansant, d’une gaieté décalée. Le contrepoint est partout ; il se glisse sous les unissons, se résout un moment, les voix et les timbres se relaient, se rejoignent, se séparent encore. A l’unisson ou à l’octave, Piero Pépin et Laurent Rochelle semblent deux voix jumelles et pourtant distinctes. Mais les frères peuvent se livrer à des dialogues plus agités (dans « Ça urge ! » sur une rythmique presque post-punk). Rochelle se charge volontiers, tant au soprano qu’à la clarinette basse, d’ostinatos biseautés, sournois, pressants, qu’il confie aussi à la contrebasse d’Olivier Brousse (“Duende”, “Motet Motus”). Vous avez envie que ça avance. Et ça avance !

Les compositions très directes de Piero Pépin ("Ça urge ! " et "Torpeur") et celles de Laurent Rochelle, hautement mélodiques, ondulantes et volontiers sarcastiques ( "Glubb" et son univers à la Jacques Tati), s’encadrent d’improvisations collectives : deux haïkus pour contrebasse et percussions ("Arpèges", "Ponte Do Sol") et deux impromptus à forte concentration en électronique ("Fourmis Violentes" et "Pour Lester"). Plus le bonus track, "Conversations à voix basse" où l’urgence fait place à un sentiment mêlé d’inquiétude et de sérénité. Les chorus sont pour l’essentiel l’affaire des soufflants, et ils leur ressemblent : solaires et offensifs ceux de Pépin, sinueux et incisifs ceux de Rochelle.

L’album manque certes un peu d’unité mais a du caractère et de la musicalité à revendre ; Lilliput a des choses à dire et la manière de les dire. Une écoute en concert s’impose !

Voir aussi :
"Intranquillité" au Mandala
Marc Sarrazy, Laurent Rochelle - Intranquillité