Publié le 11 octobre 2007
Entretien avec Hélène Labarrière
"Les Temps Changent"... pour de bon !
Jazz à Luz, dimanche 6 juillet 2008. Hélène Labarrière nous reçoit dans sa loge, entre la balance et le concert. Au cours de l’entretien, François Corneloup, Hasse Poulsen et Christophe Marguet nous rejoignent.
Beaucoup de choses ! (rires) Plein de rencontres, de nouveaux groupes, beaucoup d’expériences musicales très variées avec des comédiens, des danseurs… Je suis un peu lente à faire les projets : je n’ai pas une âme de compositrice, de leader, quelque part je me sens toujours “bassiste”. C’est toujours un peu l’accouchement dans la douleur… et puis j’avais besoin de me poser, de réfléchir.
Il est né du désir de la rencontre avec mes camarades : Hasse Poulsen, François Corneloup, Christophe Marguet. Trois musiciens que j’aime énormément, aussi bien musicalement qu’humainement. C’est d’abord ça : l’envie de jouer avec eux avant toute chose. Finalement, je ne suis pas vraiment compositrice : j’ai écrit des petits trucs, on s’est réunis et je leur ai dit « voilà, moi j’aime improviser totalement, jouer des rythmiques, des mélodies, je vous amène mes petits trucs en vrac », et on a construit autour de ça.
C’est ça. Ça s’est fait progressivement : on a enregistré il y a un an et demi mais le groupe avait joué avant, ici ou là. Le fait d’entrer en studio pour faire cet enregistrement nous a permis de franchir une étape supplémentaire.
La sortie de l’album nous a permis de faire connaître l’orchestre. Le disque a été bien reçu, ça a facilité les contacts mais nous n’en sommes qu’au début de la version live du disque. Evidemment ça évolue très vite : comme toujours dans cette musique, il y a une très grande marge de transformation, de progression dès qu’on fait de la scène.
Exactement. Je crois que le disque a posé quelque chose, maintenant nous partons de là pour faire évoluer la musique.
Je sais pas trop, je pense qu’il y a plusieurs choses. Il y a le moment où on a enregistré, une espèce de magie de l’instant, les choses se sont passées très facilement. On n’avait pas répété depuis longtemps, on avait tous très envie de le faire, on était dans un endroit particulier, loin de chez nous. C’est toujours plus facile d’enregistrer un disque dans ces conditions : quand on va en studio la journée et qu’on rentre chez soi ensuite, on fait le ménage, on relève son répondeur, on s’engueule avec ses enfants… mais quand on est loin de chez soi, c’est comme un tournage, on est dans une bulle.
Je pense que la danse est là parce que nous sommes tous très intéressés par le groove et par la transe. Pour moi c’est quelque chose qui compte énormément : ces choses qui tournent et qui en deviennent envoûtantes... quand je suis allée au Maroc et que j’ai entendu la musique des gnawas avec la rythmique qui tourne pendant des heures, j’ai retrouvé ce que j’avais découvert dans le jazz ; c’est quelque chose que j’ai trouvé aussi chez les musiciens bretons avec qui je travaille. Et tous dans cet orchestre, aussi bien François que Christophe ou Hasse, nous sommes intéressés par cet aspect de la musique, qui n’est pas toujours présent dans les musiques improvisées. Donc l’idée, c’était de mélanger tout ça, cet aspect de groove, de transe, d’improvisation complètement libre et de mélodies, d’airs…
Non ! En fait, « Soizig » c’est toute une histoire, je ne peux pas la dévoiler. Le titre a été trouvé par Monsieur François Corneloup (rires. François Corneloup paraît surpris). Absolument ! Il ne s’en souvient pas… En fait c’est une référence lointaine à une chanson française, mais je ne veux pas dire laquelle : je préfère que le mystère reste entier. Certains la reconnaissent …
Oui, là c’est déclaré franchement.
En réalité, Machination c’était la même chose que ce quartet. Pour moi, avant toute chose, un groupe, ce sont d’abord des gens avec qui j’ai envie de travailler : c’est lui, elle, lui, lui. Quand j’ai rencontré Corin Curschellas il y a eu d’abord l’envie de travailler avec elle. C’est vrai, j’avais l’idée d’avoir une voix, mais par exemple Ingrid Jensen qui joue de la trompette, c’est elle : c’est cette rencontre avec elle qui a été déterminante, pas l’envie d’avoir un ou une trompettiste. Les choix instrumentaux, ça ne m’intéresse pas beaucoup : ce sont les gens, les musiciens. Après il se trouve que Hasse joue de la guitare et Ingrid de la trompette…
Robert Wyatt est un musicien que j’admire énormément, qui m’a toujours influencée depuis l’adolescence. J’ai eu la chance de rencontrer et nous sommes restés en relation -assez lointaine, mais on s’envoie une lettre de temps en temps-, et l’idée m’est venue de lui demander d’écrire un texte de présentation. Il a répondu présent tout de suite.
Il y a quelques années de ça, Jean-Jacques Birgé est allé l’interviewer, et à son retour il m’a dit « En ce moment, Robert Wyatt a très envie de rencontrer des femmes musiciennes. Je sais que tu es une fan de sa musique, fais quelque chose : écris-lui, envoie-lui tes disques ». Je me suis exécutée, je lui ai envoyé une lettre : « Bonjour, je vous aime depuis toujours, voici mes disques », un petit peu ça…
Nous avions enregistré l’album sans savoir vraiment si ça pourrait sortir ou pas. Je l’ai proposé tout de suite à Emouvance parce que ça faisait un moment qu’avec Claude Tchamitchian on parlait de ça ; il était intéressé mais en même temps, la situation du disque étant ce qu’elle est, c’est tellement difficile… Je lui ai envoyé la bande ; il avait la possibilité de sortir un seul disque et avait sélectionné quatre propositions dont celle-ci. Il s’est enfermé pendant une semaine et il a choisi la nôtre ! C’est une grande chance pour nous parce que c’est un formidable label et …
Oui : c’est un label qui fait son boulot et qui le fait bien, ce n’est pas le cas de tous. Nous avons aussi maintenant un agent basé en Bretagne, qui travaille sur d’autres réseaux et d’une autre manière. Il s’occupe de musiciens traditionnels et avant-gardistes là-bas et il a décidé de s’occuper de nous aussi. Tout s’est passé en même temps et à présent l’orchestre démarre vraiment une vie sur scène.
Pour l’instant le projet, c’est surtout de partir de cette musique-là et de la faire évoluer sur scène. C’est la vie du groupe qui commence avec ce programme-là. J’espère qu’il y en aura d’autres derrière : à moi de retourner derrière mon piano pour écrire ! À voir également, le site d’Hélène Labarrière [1] Projet qui réunissait John Greaves, Sylvain Kassap, Hélène Labarrière, Jacques Mahieux, Karen Mantler et Dominique Pifarély.
Voir aussi :
Chloé Cailleton - Armel Dupas et Hélène Labarrière quartetteLe 14 Février à 17:30 Jazz sur le vifGRATUIT |















