Publié le 20 mai 2001
Michel Edelin
Jazz around Tosca
Si la flûte est rare en jazz, Michel Edelin a choisi de jouer de cet instrument de manière exclusive. Sa sonorité aérienne et anti-académique peut surprendre, mais sa musique a trouvé une résonance auprès de Jacques Di Donato notamment, ou des deux F (François Méchali, et François Couturier... Ils se retrouvent à nouveau pour une relecture originale de La Tosca, l’opéra de Puccini, projet créé en quartette à la Fête des Jazz .
La deuxième idée vient d’une conversation avec Gérard Terrones, où il m’a dit : « Il y a les saxophonistes, il y a les chanteurs, et enfin les chanteurs-saxophonistes, Ayler, Coltrane, ceux qui jouent comme des chanteurs ». Les grands airs de l’Opéra populaire, au bon sens du terme, fonctionnent comme les grands airs d’Ayler, ou du Coltrane des dernières années ou même de Naima. C’est le même souffle, la même passion, le même lyrisme pour employer ce terme. Et puis c’est l’existence même de mon quartette avec Simon Goubert, Jean Jacques Avenel et Jacques Di Donato qui pour moi a changé beaucoup de choses. Ils m’ont mis dans une situation où j’ai été obligé de jouer autrement. Donc cette découverte d’un nouveau son, d’une nouvelle répartition des rôles. Toutes ces questions : qu’est ce que c’est qu’une flûte ? Qu’est-ce que faire du jazz ? - c’est pas forcément ‘cha-ba-da, cha-ba-da’ - plus cette idée de grands airs et le souvenir de Tosca, la réunion de tous ces musiciens … tous ces éléments ont permis d’ aboutir à ce projet.
J’avais écrit des arrangements, mais presque tout de suite on s’en est écarté, on a juste conservé certaines choses en référence, pour faire différemment. Pour créer autre chose, il faut un point de départ solide. La musique évolue en fonction des thèmes et des arrangements dont on dispose, mais aussi selon l’humeur et avec notre habitude de jouer ensemble : il suffit d’un coup d ‘œil, d’une note qui part, d’un rythme, pour savoir que l’on va pouvoir se lancer... L’idée, c’est d’improviser dans le but d’arriver à un thème de Puccini ou de partir d’un thème pour arriver à une impro ; ou encore d’improviser, puis de saisir un thème qui passe… C’est ainsi que cela s’appelle ‘Et la tosca passa’… Et si on espère qu’ elle apparaisse au bras d’Albert Ayler et de Coltrane au fond de la salle pour dire bonjour, cela viendra un jour !
Il y a une littérature qui fait que l’on entend la flûte, même dans un concerto de Mozart… c’est écrit pour ça. Dans le jazz, le flûtiste doit lutter contre une batterie, même si ce n’était pas le cas dans le quartette, ou contre d’autres instruments bruyants. Quand on est un leader, il est parfois difficile de s’imposer pour diriger « son » idée. Enfin j’appelle leader, même si cela n’existe pas, celui qui a une idée, qui choisit les thèmes du disque à enregistrer, qui téléphone pour avoir des concerts : ce n’est que cela un leader, cela ne va pas plus loin. Quand la sono est bonne, cela ne pose aucun problème. Mais cet instrument n’appartient pas à l’histoire du jazz, mais à l’histoire de la musique classique. L’histoire du jazz est faite par tous les instruments de la rue, ceux qui « font du bruit » ou qui ont des harmoniques riches : la clarinette, la guitare.
J’ai joué avec Dave Valentine il y a quelques années, un maître avec un très beau son techniquement et rythmiquement . C’est Porto Rico avec toutes ces musiques qu’il joue merveilleusement bien, et qui plaisent au grand public. Il m’a dit que si j’avais joué du saxophone, je serais connu comme Dave Sanborn. Jouer de la flûte n’est pas choisir la voie de la facilité en jazz.
Voir aussi :
Trio Michel EdelinLe 25 Juillet à 20:00 Festival Radio France et MontpellierGRATUIT |















