Chronique

Alexandre Millet

Athome

Alexandre Millet (p, kb), Jérôme Arrighi (b), Édouard Coquard (d), Émile Parisien (ss).

Label / Distribution : Mykono Music

Attention, un jeu de mots, bilingue de surcroît, se cache derrière le titre de ce disque signé Alexandre Millet ! Le pianiste a voulu, en six lettres, conjuguer une expérience humaine du côté de la jungle amazonienne l’ayant amené à la rencontre de son essence (l’atome) et les effets émotionnels de la période du confinement en 2020 (« at home »).

Autant dire que les onze compositions qui forment Athome ont quelque chose à voir avec une odyssée intérieure et une quête de l’identité, ce qui peut constituer le chemin d’une vie entière, soit dit en passant. Mais le pianiste, à l’évidence, a l’esprit romantique et des inspirations qui regardent parfois du côté d’un Brad Mehldau. Il évite ainsi l’écueil d’une démarche par trop cérébrale. Sa « petite » musique est de celles qui vous séduisent par leur minimalisme assumé et une discrète mécanique volontiers tournoyante, brumeuse et enchantée. Comme un manège au lever du jour. Ici, les notes sont souvent comptées, dans un appel constant à la méditation et un refus des effets de manche. Le piano, préparé au besoin, se livre à des danses aux couleurs impressionnistes, dont les cycles entêtants sont mis en lumière par la légèreté d’une rythmique qu’assurent Jérôme Arrighi à la contrebasse et Édouard Coquard à la batterie.

Tout cela aurait pu verser dans un « easy listening » comme il en existe assez couramment (on ne citera pas de noms) et passer à la trappe des émotions fugaces. Or, il n’en est rien : le trio a l’esprit toujours chantant et le cœur mélodique. Surtout qu’il peut compter sur la présence d’une voix de luxe en la personne d’Émile Parisien, dont le saxophone soprano vient embraser une bonne moitié des compositions. Ce musicien-là a de l’or dans ses anches, on le sait bien et depuis longtemps maintenant. Qui mieux que lui sait habiter sa musique et l’élever avec une telle grâce ? Ce n’est pas faire injure à Alexandre Millet que de souligner les effets presque magiques d’un tel supplément d’âme sur son propre répertoire. On se dit au contraire que le pianiste savait à qui s’adresser pour exprimer avec plus d’acuité encore la force intérieure qui le fait avancer. On acceptera donc de s’en laisser conter, sans la moindre réserve, tant les histoires de vie qu’il partage avec nous suscitent l’attachement.