Chronique

Angelini / Falzone

If duo / Songs Volume 2

Bruno Angelini (p), Giovanni Falzone (tr)

Label / Distribution : Abalone

Ce duo franco-italien flamboyant et inventif n’avait pas tout dit… La suite de Songs, Volume 1 vient même souligner le propos : il ne s’agit pas ici d’accommoder les restes comme au lendemain d’un repas de fête, de terminer à froid et dans le désordre les éléments rescapés d’un festin ordonné, mais bien plutôt de remettre le couvert, ressortir l’argenterie et refaire bombance. Car la musique - roborative, scintillante, gourmande - tient largement ses promesses.

Giovanni Falzone, tout en agilité et facétie, détourne la trompette pour lui imposer des sonorités étonnantes, passe d’un velouté maîtrisé à une exubérance toute transalpine, se joue du piano comme un mime de son ombre. Les propositions sont remarquablement exploitées, les sonorités et le phrasé jamais dénués de sens ; et chaque attaque, fût-elle la plus brillante ou la plus tenue, sonne juste.

Bruno Angelini, plus dramatique, plus terrien, se fait fort d’instaurer le climat, de poser les fondations harmoniques. Plus dans un rôle orchestral que soliste, il s’autorise néanmoins quelques belles sorties en solitaire.

Les pièces, toutes du pianiste (là où le Volume 1 était intégralement signé Falzone), sont longues, théâtrales et scénarisées, et très évocatrices tant les musiciens jouent en relief. Certaines compositions suspendues, telles la première (« La vie est un mensonge ») vous bercent langoureusement tandis que le fellinien « Il Fanfarone » (d’après Il Sorpasso de Dino Risi, sorti en France sous le titre Le fanfaron) vous transporte dans un monde coloré où des femmes plantureuses rirent aux pitreries d’un clochard acrobate.

Dans l’ensemble le climat est bercé d’une certaine mélancolie, constamment interrompue par une saillie rythmique ou technique qui vient vous rappeler que tout cela n’est qu’illusion, que rien n’est vraiment sérieux… comme au cinéma.

Ce disque vient confirmer le talent de ces deux musiciens et met en avant un art consommé de la mélodie juste chez Bruno Angelini, compositeur inspiré. Il semble donc indispensable de se procurer les deux Songs.