Angles 4
Angles 4
Martin Küchen (ts, as), Ingebrigt Håker Flaten (b), Mattias Ståhl (vib), Kjell Nordeson (d)
Label / Distribution : Relative Pitch

Tout est géométrie dans Angles : aigus et obtus, lignes et formes. Orchestre à effectif variable toujours signalé par un chiffre — nous l’avions connu Angles 9 il y a une décennie —, la formation du saxophoniste suédois Martin Küchen a une vision d’un jazz à la fois contemporain et sensible aux traditions, portée par une base rythmique impeccable. « Against Permanent Revolution » est à cette image, avec la contrebasse contondante d’Ingebrigt Håker Flaten et la batterie de Kjell Nordeson, qu’on avait pu entendre dans le Fire ! Orchestra qui coalise une bonne part de la scène scandinave. Avec le vibraphone de Matthias Ståhl, fidèle parmi les fidèles de Küchen, le propos du quartet est équilibré et toujours en mouvement, comme on l’entend dans « Every Woman Is A Tree », sommet d’un album court où un saxophone volontiers colérique déambule sur une rythmique ronde.
Récemment, on a vu Küchen avec une chanteuse, dans un Angles 13 où le propos était forcément plus large. Ici, avec la contrebasse très directive de Flaten, tout est bien sûr plus ramassé et va droit devant, avec le vibraphone de Ståhl comme ressort d’une entropie nécessaire pour sortir du cadre de la rythmique, solide et galvanisée. « The Indispensable Warlords », par sa tension immédiate, montre à quel point le vibraphone ouvre des brèches dans lesquelles le ténor s’engouffre avec avidité : le son de Küchen est fiévreux, urgent, et bouscule une doublette rythmique pourtant inébranlable qui compense en durcissant encore le jeu, notamment Nordeson dont la frappe se pare de nombreux détails. Flaten, lui, reste impavide, s’empare d’un blues robuste et joliment dansant sur « Satan In Plain Clothes » et célèbre une certaine joie de jouer.
C’est bien là le mot d’ordre de cet Angles 4 paru chez Relative Pitch : jouer pour un précipité de plaisir dans une formule compacte et efficace, et laisser les musiciens dialoguer, comme dans le bel échange entre vibraphone et contrebasse sur « Satan In Plain Clothes ». À bien des égards, le résultat est plaisant et la formule réussie. La concision du propos tape dans le mille. Rien à dire : Angles 4, c’est carré.


