
Avice, Stewart, Taylor
Deep In The Earth High In The Sky
Aymeric Avice (tp, fx), Luke Stewart (b), Chad Taylor (d).
Label / Distribution : Rogue Art
Fruit d’une résidence à Sons d’hiver en 2025, le trio qui regroupe le trompettiste Aymeric Avice, le batteur Chad Taylor et le contrebassiste Luke Stewart est de ceux qui savent charmer immédiatement par leur énergie et leur environnement commun. L’électricité d’abord, et une sorte de puissance alentour qui peut tout autant naître de l’archet de Stewart (« Unknown Sweet ») que de l’écho et des effets de l’ineffable trompette d’Avice, toujours puissamment caniculaire. Il y a dans cette rencontre en trio quelque chose de l’évidence, qui se décline principalement en trois suites, comme trois galaxies qui se rencontrent. Mais déjà, avec « Deep In The Earth » qui ouvre le disque, on sait que Chad Taylor et Avice sont faits pour s’entendre et jouer jusqu’au bout de la nuit. La trompette est pure et joue sur une rythmique qui rappelle les origines chicagoanes du batteur qu’on aime tant avec Rob Mazurek. Ne nous y trompons pas : il y a dans cet échange avec Aymeric Avice plus que des connivences. Un langage véhiculaire partagé qui se trouve immédiatement et s’exprime au plus fort dans la « Pangea Suite ».
Pensée en trois parties, la « Pangea Suite » est une roborative rencontre. On imagine toujours la Pangée comme le regroupement continental originel, mais ici, le trio l’envisage comme un carambolage tellurique. De la dérive des continents comme une embrassade inéluctable où la trompette percluse d’effets s’en va pour s’enquiller de front une contrebasse lourde de droiture, presque immuable pendant que Taylor bat la chamade alentour. Il y a une tension réelle dans Deep In The Earth High In The Sky, elle peut débarquer du jeu tentaculaire de Stewart qui s’étend, chaud et sirupeux comme une vague de lave ou peut débouler dans l’écho de la trompette (« Pangea Suite #2 »). Dans tous les cas, cette tension ne vaut pas violence. S’il y a tremblement sur les bases ou chevauchement des plaques tectoniques, cela se fait avec le calme olympien d’une force structurant cet album. Celle de la cohésion.
Paru sur le label Rogue Art, Deep In The Earth High In The Sky est un disque qui chamboule par sa grande rigueur et sa vigueur. Si l’on pense évidemment souvent à Mazurek, il faut affirmer que le travail d’Aymeric Avice a cette singularité que nous aimons et suivons depuis longtemps maintenant. Le son caniculaire de « Unknown Suite » et la discussion si pure entre la trompette à peine fardée d’échos et l’archet troublant sur « Unknown Suite #2 » en sont le symbole très vivant.

