Scènes

Benjamin Moussay, sorcier des claviers

Pour l’album « Swimming Pool » - New Morning, 29 mai 2006


Le trio commence par le premier morceau de Swimming Pool. Le piano, ce soir, sonne un peu froid, métallique, mais Benjamin Moussay va réchauffer l’ambiance. C’est la course-poursuite, avec l’énergie supplémentaire du concert. Il joue de tous ses claviers en même temps, utilisant beaucoup la pédale pour étirer le son du piano. C’est « Lost valley » (B. Moussay).

Suit « Butterfly Dump », du même auteur. Cet homme est poli. Il présente les musiciens, énonce les titres et salue le public. Après l’énergie pure, la finesse dans le toucher. Les notes s’égrènent comme des gouttes d’eau glissant le long d’un brin d’herbe. Il se lâche plus que sur l’album et se transforme en trafiquant de sons. Puis il revient à la clarté du pianoforte, accompagné par un superbe frotti-frotta du batteur aux balais.


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B. Moussay © H. Collon/Vues sur Scènes

Moussay démarre seul par des bruitages cosmicomiques et se lance dans une espèce de salsa décalée intitulée « Not As hard As It Seems To Be », moins léchée que sur l’album, mais aussi plus audacieuse.

Arnaud Cuisinier apporte son morceau : « Ad libitum ». Pour cette ballade classieuse, Moussay se remet au piano. Le tempo s’accélère, s’envole. Il nous rappelle qu’il est d’abord un sacré pianiste, avant d’être un bricoleur de claviers électroniques. Eric Echampard a mis un tshirt léopard et un tigre dans son moteur : il cogne dur, l’animal ! Puis tout s’arrête net et la ballade reprend devant le public médusé - comme un tennisman place une amortie tout en toucher après une accélération fulgurante. « Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ». Les « paroles » sont de Verlaine, la musique de Debussy. Seule cette dernière se fait entendre ici. Belle ballade jazz impressionniste, au piano, dans une version très proche de celle de l’album.


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A. Cuisinier © Jean-Marc Laouénan/vues sur Scènes

Après la retenue, la démesure. Lancé au piano, Moussay s’amuse comme un petit fou sur un Mini Moog. Ses complices aussi s’en donnent à coeur joie. Benjamin Moussay c’est notre Omar Sosa à nous. Le voilà qui nous fait le vent dans les sapins enneigés ou les pales d’un hélicoptère, puis qui part à fond les manettes avec un son très hancockien. Comme Herbie Hancock, Moussay, en plus d’être pianiste, est ingénieur. Ce qui explique peut-être ce goût partagé pour le bricolage sonore. Jusqu’àl faire couiner son clavier dans le style Donald Duck… Fin du déluge électronique : il revient au piano pour une ballade de Gainsbourg, « Manon », en solo. Impeccable.


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B. Moussay © H. Collon/Vues sur Scènes

Pour finir dans les hautes températures, « Playa del Carmel Mexico ». Toute la chaleur, la vie, le mouvement de la plus grande ville latina au monde en un morceau. Echampard se lance dans un solo tellurique. Moussay fait fumer le piano. Un solo très calme d’Arnaud Cuisinier, où l’on détecte de lointains échos du Mingus de « Tijuana Moods » apaise l’atmosphère avant une reprise jubilatoire du thème par le trio.

En rappel, pour que nous fassions à coup sûr de beaux rêves cette nuit, nous avons droit à « Green Peas », une balade en trio piano/contrebasse/batterie, Echampard étant aux balais. Tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, pour citer (Baudelaire)…


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E. Echampard © H. Collon/Vues sur Scènes

par Guillaume Lagrée // Publié le 4 septembre 2006
P.-S. :

Benjamin Moussay : p, kb
Arnaud Cuisinier : b
Eric Echampard : dm