Chronique

Bernard Struber Jazztett

La Symphonie Déjouée

Bernard Struber (g), Michael Alizon (ts), Serge Haessler (cor, bugle,tp), Raymond Halbeisen (cl, fl, piccolo), Benjamin Moussay (p), Frédéric Norel (vln), Jean-Charles Richard (ss, bs), Bruno Chevillon (b), François Merville (dms) + Nathalie Gaudefroy (voc) & Svetlana Kochanas (voc)

Label / Distribution : L’Autre Distribution

La Symphonie Déjouée du Bernard Struber Jazztet, dont Jazzdor est le producteur délégué, a d’abord existé sur scène et à plusieurs reprises depuis sa création en 2015. Ce n’est qu’en juin dernier que la formation est entrée en studio pour enregistrer la pièce dans son intégralité, et lui faire prendre place naturellement dans la collection Jazzdor Series, au volume 6.

On comprend la nécessité d’immortaliser cette symphonie faste et audacieuse, tant l’œuvre a de sérieuses allures de chef-d’œuvre. Et parce que la restitution de pareil ouvrage sur disque est tout sauf évidente, il faut souligner ici la qualité de l’enregistrement et du mixage, qui nous rendent un son feutré, comme dilué dans l’atmosphère, à l’équilibre parfait. Permettant, à défaut de voir la pièce prendre vie sur scène, d’en saisir la beauté et d’être rattrapé par sa portée. Toujours puissante même lorsqu’elle est chuchotée, La Symphonie Déjouée est en effet toute en nuances.

Puisant son inspiration dans des figures telles que Bartók, Berio, Satie, Messiaen ou Schoenberg, Bernard Struber nous conduit sur un territoire vaste où la musique se déploie tout entière. On pense aussi à Frank Zappa qui fit de similaires échappées dans l’univers symphonique. Des semblants d’opéra rock, des solos qu’un swing vient interrompre, suivi d’un rythme binaire et d’une voix comme sortie d’un songe, on papillonne au milieu de scènes fantasques et baroques. La symphonie ne cesse de se mouvoir tout au long de ses trois mouvements, qui pris indépendamment partent d’un petit rien (un intervalle de tierce mineure, une pulsation irrégulière ou une mélodie traditionnelle) pour se développer dans l’infiniment grand.

Lorsque le jazztet livre ainsi une œuvre de cette ampleur, composée et dirigée par un maestro comme Bernard Struber, on est sous le charme indiscutable de la magie qui opère au sein de cette formation. Michael Alizon, Bruno Chevillon, Benjamin Moussay, Serge Haessler, Raymond Halbeisen, François Merville, Frédéric Norel, Jean-Charles Richard et leurs invitées de marque Nathalie Gaudefroy et Svetlana Kochanas : lorsque tant d’orfèvres parlent d’or, le résultat est brillant, tout simplement.