Scènes

Carte blanche à Pierre Durand sur la péniche l’Improviste (3)

Troisième volet de la résidence de Pierre Durand sur la péniche l’Improviste.


Pour le troisième volet de sa résidence sur la péniche l’Improviste, Pierre Durand a convié Sébastien Texier et Christophe Marguet à explorer une nouvelle facette de son disque Chapter One : NOLA Improvisations : le groove.

Après avoir privilégié, pour les deux premiers concerts, des ambiances intimistes en invitant Richard Bonnet puis Guido Zorn, le guitariste propose cette fois une musique plus dense, plus basée sur l’énergie. Comme il nous y a maintenant habitués, il commence par un set d’une vingtaine de minutes où, seul avec sa guitare, il laisse échapper des volutes de notes rêveuses et construit patiemment ses improvisations : de belles lignes mélodiques posées sur un son créé grâce à une baguette insérée entre les cordes puis mis en boucle. Décidément, on n’a pas encore vu tous ses tours de magie. D’ailleurs, ils sont peut-être en nombre infini tant son vocabulaire est étendu, lui qui sait si bien lâcher la bride à sa fantaisie et vous entraîner vers des mondes inattendus. Pierre Durand est un instinctif. Entre les morceaux, il prend le temps de réfléchir à ce qu’il va proposer. Et tout à coup il agrippe son manche et invente une histoire qui se déroule toujours dans un lieu différent. Avec Guido Zorn, il nous avait embarqués en Inde et en Afrique, notamment grâce à une réinterprétation délicate d’« Émigré », présent sur le disque. Ici, à deux reprises il ressort son ticket de métro et voyage jusqu’au continent africain. De l’art d’aller loin avec presque rien… Superbes instants musicaux personnels et sincères.


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Pierre Durand par Christian Taillemite

Ce soir Pierre Durand, Sébastien Texier et Christophe Marguet jouent ensemble pour la troisième fois. La première, c’était sur cette même scène dans le cadre d’une Carte blanche à Sébastien Texier. Une rencontre inaugurale exaltante, riche de promesses. L’impression se confirme : le trio fonctionne parfaitement et les trois univers se fondent pour former un ensemble dynamique et homogène. Il faut dire que le batteur et le saxophoniste se connaissent sur le bout des doigts, et que Durand et Texier ont l’habitude de jouer ensemble au sein de l’Xtet de Bruno Regnier. Mais au-delà de ces pratiques communes, qui favorisent toujours l’interplay, la matière première des compositions des uns et des autres présente une indéniable cohérence. « Noces de menthe », superbe thème de Durand, « Toxic Parasites », morceau que l’on doit à Sébastien Texier, et « Oona », un classique de Marguet, s’enchaînent avec logique car portés par de belles mélodies et ouvrant de larges champs d’improvisation. Dans ce contexte, Durand laisse plus de place aux déferlements et il n’est pas rare de le voir gratter furieusement ses cordes en mettant sa large palette de sons et ses éclairages harmoniques au service d’un son d’ensemble qui jouit par ailleurs des pulsations appuyées de Marguet et des solos puissants de Texier. Tout est plaisir dans cette musique vivante qui ne sacrifie jamais l’accessibilité sur l’autel de la complexité.


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Pierre Durand, Christophe Marguet et Sébastien Texier par Christian Taillemite

Un titre peut faire office de fil rouge au cours de cette résidence : « When I Grow Too Old To Dream », interprété ce soir de manière très différente. La rythmique en forme de marche, la clarinette chantante et les accords très rock de la guitare refaçonnent totalement ce morceau qui, pour le guitariste, donne « une certaine image du sud de l’Amérique ». Certes, on y entend à la fois le blues le plus brut et le mouvement et la joie des marching bands, mais aussi la grande modernité qui a frappé Pierre Durand lorsqu’il est allé enregistrer son disque à la Nouvelle-Orléans.

Poussé par les applaudissements nourris d’un public à juste titre enthousiaste, il revint conclure la soirée par un ultime morceau interprété en solitaire. Cela lui va bien. La compagnie d’excellents musiciens aussi.