Scènes

Christian Brazier

Pour la sortie de « Lumière », le dernier album de Christian Brazier


Rencontre avec le contrebassiste Christian Brazier, installé à Marseille pour évoquer Lumière, son dernier album chaleureux et fraternel.

J’ai rencontré le contrebassiste Christian Brazier à Marseille dans cette ville de tous les métissages, où il a choisi de s’installer, attiré comme beaucoup d’artistes et de peintres par la mer et la lumière. Rien d’étonnant alors à ce que son nouvel album s’intitule Lumière et se colore de cette fascination pour le Sud et la Méditerranée.


Les voyages et la mer font partie de son histoire personnelle, puisqu’il a sillonné les océans dans sa jeunesse, comme officier de la Marine Marchande. Il n’est pas né au bord de la mer, même s’il a vécu dans des ports comme le Havre. Mais c’est en faisant de la voile qu’il s’est passionné pour cet univers, du temps de Bernard Moitessier, le « hippie » des mers, son idole, un anti-Tabarly moins préoccupé de course que d’aventure.


Christian Brazier avoue être entré, question de génération, dans le jazz, par le free. Son engagement fut déterminé par la rencontre avec ce personnage extraordinaire qu’est Barre Philips, déjà établi dans les années 70, dans le Var, à Ste Philomène, dans un presbytère. C’est avec respect, émotion même qu’il évoque ce musicien hors norme qui s’est attaché à défricher les champs de l’improvisation et à servir la contrebasse solo, avec un travail très particulier et novateur sur l’archet.
Il utilise quant à lui, la technique de l’archet dans un esprit contemporain, pour le travail sur la texture sonore, dans des contextes de musique improvisée. Dans le cadre de musique plus proche du jazz, il en est moins question. Que ce soit en pizzicato ou à l’archet, la préoccupation première est le chant intérieur. Plus que le style, ce qui le séduit est la recherche du son.


Le temps d’un rêve, son précédent album, nous entraînait déjà dans un voyage imaginaire, musical, une exploration des suds.
Lumière est un projet plus personnel encore, qui révèle un compositeur et un leader inspiré : un long travail de préparation, une écriture très travaillée sont à l’origine de ce travail collectif. A l’écoute des autres, sans perdre la cohérence du projet, Christian Brazier assume le fait d’avoir voulu être directif, même au niveau des structures libres.
Ainsi des univers éclatés se côtoient et de cette juxtaposition naît une certaine harmonie. Le parti pris était de changer les ambiances, délibérément, sur chaque plage, pour ne pas s’installer dans une atmosphère. La cohérence est due au quartet de base et la personnalité des musiciens invités a fait le reste.

Christian Brazier s’avère d’ailleurs fier du choix de son équipe.
Les éléments forts du quartet sont Thierry Maucci, le saxophoniste complice avec lequel il partage beaucoup de projets, le tromboniste Philippe Renault, professeur au Conservatoire, qui vient du classique, et de ce fait, sait parfois imprimer une touche plus rigoureuse ; enfin Marc Mazzillo au son de batterie particulièrement impressionnant, qui a un jeu dans le continuum, sans chabada ni forme trop expérimentale.

Pour les invités, il faut citer d’abord André Jaume, « infatigable improvisateur », poly-instrumentiste talentueux, qui, sur Lumière, joue du ténor, instrument qu’il maîtrise particulièrement. Il est aussi le co-fondateur du label CELP avec Robert Bonaccorsi, le directeur artistique du festival de la Seyne.
Le guitariste Philippe Deschepper, est arrivé sur un projet déjà établi, mais a su se fondre aux autres en véritable sculpteur de son.
Quant à Akosh. S , rencontré lors du précédent album et avec lequel tourne Christian (actuellement en Hongrie avec le groupe du saxophoniste), deux morceaux ont été spécialement composés pour lui : Loup garou, où il utilise la clarinette métal en référence à la musique traditionnelle des pays de l’Est. Mais il est aussi très chaleureux, au ténor avec un son particulier éclaté, free, et dans Tout, tout de suite la confrontation de deux ténors selon la tradition du jazz, conserve cet aspect de liberté sous-jacente, immédiate.

Cet album, qui jalonne un parcours musical discret mais intense, s’inscrit sans difficulté dans la tradition d’un jazz lyrique et chaleureux. Depuis plus de vingt ans, Christian Brazier multiplie les rencontres avec des musiciens, pas seulement méditerranéens. Avec Akosh S. Unit, depuis deux ans, il poursuit une aventure qui le fait rencontrer encore d’autres publics. Car il cherche toujours à jouer une musique ouverte, énergique, libre, qui ait du sens et ne soit pas seulement réservée à de petites « chapelles ».
Ce travail au sein de nombreuses formations l’autorise à explorer différents genres, à ne pas se diluer dans un temps devenu trop vite universel ; à favoriser enfin d’autres rapports, peut-être plus intimes à la lumière. Ce n’est peut-être pas si évident en ces jours de trouble.

Discographie :

  • « Pérégrinations » : Bleu Regard/Dam 1997
    Christian Brazier avec Sunny Murray, Rasul Siddik et Sophie Agnel
  • « Le temps d’un rêve »
    Christian Brazier Quartet invite André Jaume
    Quoi de neuf Docteur / Night and Day 1999