Chronique

Christian Rollet

Calamity Roll With Passengers

Christian Rollet (dms) + guests

Label / Distribution : Label Arfi

On avait laissé Christian Rollet dans l’ombre, et c’est le propre des trains que de sortir du tunnel. Deux ans après le marquant Calamity Roll in The Dark, premier solo de ce taulier de l’ARFI, voilà le train de percussion qui retrouve la lumière. Elle est d’abord pétaradante, comme on le constate dans « West Highland Railway » à la caisse claire pugnace. Et comme la lumière est revenue, on entraperçoit les passagers ; car bien que solo, ce Calamity Roll With Passengers ne voyage pas à vide : ici, Guillaume Grenard fait retentir un sifflet puissant. Plus loin, après que la batterie de Rollet ait entamé la longue côte rythmique dans « Le Train de Pauv’Napo » où la mitraille est forte, c’est Olivier Bost qui fait crisser quelques postes d’aiguillage dans « Loco Tourmente ».

Le principe du solo à plusieurs n’est pas nouveau, certes, mais c’est un format très personnel qui est initié par Christian Rollet et ses amis de l’ARFI. Car si à proprement parler le batteur est seul à la manœuvre (a-t-on déjà vu un mécanicien de locomotive déléguer son travail à ses voyageurs ?), on perçoit les musiciens montés dans sa rame comme des ombres. Des passagers, au sens strict, puisqu’ils sont de passage, à l’image du vibraphone de Melissa Acchiardi dans le remarquable « À l’approche » où Rollet mène une rythmique complexe, ou encore « Compartiment du paradis double » où une voix annonce les destinations à venir.

Le train est un symbole de la rectitude rythmique, de sons industriels qui font trépider notre monde et sont inhérents aux sons qui ont nourri le jazz. Christian Rollet l’a bien compris, et son train visite toutes sortes de contrées comme on traverse des campagnes. Ce n’est pas un rapide, le train va à sa main, ralentit, prend son temps, pérégrine. C’est un formidable petit voyage qui nous transporte à la vitesse d’un vapeur, ce qui n’empêche pas quelques accélérations dans les virages. Encore une fois, le circuit court de l’ARFI nous offre un beau moment, plein de poésie. Et Christian Rollet est décidément l’un des meilleurs mécanos de l’Hexagone.