Chronique

Christoph Irniger Trio

Octopus

Christoph Irniger (ts), Raffaele Bossard (b), Ziv Ravitz (dms)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Octopus, nouvel album du saxophoniste Christoph Irniger confirme l’aspect tentaculaire de ce musicien ; en effet, il ne faut pas moins de huit bras pour publier à quelques mois d’écart deux disques sur le label Intakt Records. Le premier, avec son quintet Pilgrim, réunissait plusieurs compagnons de sa jeunesse suisse dans la bouillonnante ville de Lucerne. Sur le second, on retrouve plutôt le trio de ses années new-yorkaises, avec le contrebassiste Raffaele Bossard en trait d’union. Il n’y a qu’à écouter le languide et mystérieux « Ocean Avenue », où le ténor flue et reflue sur l’archet d’une contrebasse solide, pour déceler la connivence entre vieux amis. Au centre de cet axe fort, le batteur Ziv Ravitz est l’élément explosif du triangle.

Sur « VGO », il tient une ligne imposante et ample, très musicale, autour de laquelle les autres serpentent avec la volonté d’affiner le plus possible la mélodie dans une recherche d’immédiateté qui ne se veut jamais agressive. Simplement, la musique circule avec aisance dans cette formation extrêmement attentive. « Cripple X » en est un exemple parfait : cette composition de Bossard offre à Irniger un gimmick qu’il assène avec assurance pendant que le batteur, très en avant, martèle une rythmique complexe et pleine de groove jusqu’à que la contrebasse reprenne le thème à son compte pour mieux laisser saxophone et batterie deviser avec une grande énergie. Ces échanges incessants assènent la volonté affirmée par Irniger de ne pas se poser en leader d’un ensemble égalitaire.

Malgré tout, c’est bien lui qui signe la majorité des morceaux, et qui brille par son écriture subtile (« Octopus » et le timbre chaleureux de son ténor). Comme sur Gowanus Canal, son précédent album sorti en 2013, le trio arpente les rues de New York tout en conservant un attachement certain pour l’Europe. La recette est directe et efficace, servi par d’excellents solistes. On pourrait espérer un peu plus de folie, de rupture, mais la solidité de l’ensemble s’avère très agréable.