Christopher Dell
Das Arbeitende Konzert / The Working Concert Revision IX
Christopher Dell (vib), Evelin Degen (fl), Elisabeth Coudoux (cello), Anna Neubert (vln), Kathrin Pechlof (harp), Stefan Karl Schmid (cl), Pascal Klewer (tp)
Label / Distribution : Niehler Werft
La série des Arbeitende Konzert (AK) ou Working Concert, dont c’est ici la neuvième proposition, est un travail que mène le vibraphoniste allemand Christopher Dell depuis 2016. Réunissant à chaque fois des orchestres composés d’une poignée de musiciens (cinq ou six) qui peuvent être les mêmes comme changer d’une fois à l’autre, le projet consiste à réinterpréter la première œuvre (d’où le terme de révision) en utilisant le lieu de la production comme un effet de l’interprétation.
Ainsi se succèdent plusieurs sites : salle de concert, studio, lieu atypique ou, comme ici, un loft à Cologne qui donnent lieu à chaque fois à un sens différent induit, ou plutôt déduit, à la fois du site sur lequel elle a été jouée mais dont la réception peut également varier. Le public, positionné à différents endroits de la salle, ne reçoit pas la musique de la même manière selon où il se trouve. Que dire dès lors de ces enregistrements qui constituent eux aussi une variation, un point de vue et un point d’ouïe supplémentaires totalement subjectifs et qui participent de l’infini variable des possibles de ce type d’œuvre.
Sans hiérarchisation des instruments ni des fonctions qu’on peut traditionnellement leur accorder, cette version qui compte une flûte, un violon, un violoncelle, une harpe, une trompette, une clarinette et le vibraphone de Dell fait progresser le flux sonore sur une base aléatoire mouvante faite de vagues liquides et de piquetis des cordes. Des lignes claires émergent ponctuellement de ces étirements et sont les points saillants de l’écoute. La trompette de Pascal Kleuwer notamment parvient à sortir du lot avec intelligence, renouvelant ses propositions, elle n’impose pas son propos mais tire vers le haut l’ensemble de la formation.
Il en résulte une œuvre étale en perpétuel mouvement qui louvoie avec beaucoup de finesse. Évitant le jeu de l’empilement, de la surenchère qui conduirait inévitablement à des paroxysmes dont ce n’est pas ici la volonté, la musique semble pouvoir se déplier sans interruption et créer un climat d’écoute attentive ou flottante mais peut à tout moment attirer voire attiser la curiosité de l’auditeur tant les multiples événements qui s’y déroulent sont toujours captivants.
