Chronique

Dave Liebman & Richie Beirach

Balladscapes

Dave Liebman (ss, ts, fl), Richie Beirach (p)

Label / Distribution : Intuition/DistArt

L’amitié entre Dave Liebman et Richie Beirach est ancienne et profonde. Comme le signale le saxophoniste dans les notes de pochette de Balladscapes, leur première rencontre date de la fin des années 60. Leur premier enregistrement en commun remonte à 1973 [1]. Ils n’ont cessé, depuis, de se retrouver pour jouer ensemble leur musique comme celle des autres, que ce soit en duo ou au sein du groupe Quest (avec Ron McClure et Billy Hart).

Sur ce Balladscapes, c’est en duo qu’ils brillent. Cette formule leur va comme un gant : ils s’entendent et se comprennent au-delà des mots, pour reprendre le titre d’un de leurs albums (Beyond Words). Leurs échanges sont brillants, vifs et acérés. Le son de saxophone de Liebman (souvent copié, jamais égalé, surtout au soprano) résonne d’une profondeur trouble. Beirach, maître du temps, développe ses idées dans un phrasé aérien, comme on déroulerait un parchemin. Fluidité, lyrisme, émotion.
Le répertoire composé uniquement de ballades est éclectique, les arrangements singuliers. Des reprises (« Siciliana » de Bach, « Zingaro » d’Antonio Carlos Jobim, « Sweet Pea » de Shorter, ou « Day Dream » de Billy Strayhorn), et quelques compositions (l’habité « Quest », le mélancolique « Master Of The Obvious » ou le lunaire « Kurtland »).

Avec cet album, Liebman et Beirach nous transportent dans des contrées où la beauté n’a d’égal que le raffinement et la contemplation. Après avoir traversé plus de cinquante ans d’histoire du jazz et à respectivement 70 et 69 ans, ces deux-là continuent d’écrire leur chapitre commun et n’ont pas encore dit leur dernier mot.

par Julien Aunos // Publié le 5 février 2017

[1First Visit, premier album en leader de Dave Liebman, accompagné de Dave Holland et Jack DeJohnette.